En France, trop de professions prestigieuses sont mal rémunérées. C’est le cas des enseignants, aussi bien dans les petites classes qu’à l’Université ou dans les grandes écoles. Il y a de quoi s’en alarmer, car, le plus souvent, lorsqu’un métier est mal payé, ce sont les plus médiocres qui s’y destinent. L’exemple de la magistature est le plus frappant: les étudiants moyens entrent à l’Ecole Nationale de la Magistrature, alors que les plus brillants se destinent au privé, et ce sont trop souvent de “petits juges” qui en sortent (outre le fait que, le salaire d’un magistrat étant devenu un salaire d’appoint, ce sont les femmes qui sont le plus intéressées par cette carrière, d’où une féminisation excessive de ce corps - lire la thèse de Ludovic de Boisbrunet à la bibliothèque de Paris-Assas).
Et maintenant on voit se produire le même phénomène dans de grandes écoles comme Sciences Po: autrefois, les meilleurs se destinaient aux finances, aux affaires étrangères etc, maintenant beaucoup d’entre eux n’envisagent pas un instant de servir l’Etat.
Heureusement qu’il reste, dans ces trois métiers que j’ai cités, des candidats brillants qui y entrent par vocation!
Ce qui est préoccupant, c’est que cette élite est chargée de former l’élite de demain. Or, si le professeur, par exemple, qui doit former le futur chercheur ou ingénieur, est moyen, voire médiocre, n’aurons-nous pas plus de chercheurs et ingénieurs moyens? Est-ce que notre élite n’est pas destinée à baisser inéluctablement à cause de cette idée superficielle selon laquelle ces professions sont moins productives que les autres ?
Fonctions prestigieuses que celles que vous citez ? Je ne souscris pas à cette idée.
Certes, il fut une époque où ces professions, les gens qui les exerçaient, étaient une élite, celle de la République, et en cela jouissaient en effet d’un certain prestige.
L’instituteur formait les jeunes esprits à la Nation, réprimant ce qui pouvait dissiper le mirage de l’unité nationale, jusqu’aux identités familiales, pour imposer l’idée d’un peuple français homogène, une “race française” dont on inventait le génie en remodelant l’histoire.
Le juge, figure menaçante et hautaine d’une droiture républicaine phantasmée, appliquait des lois doctrinaires dont il partageait la foi fondatrice, avec une sévérité consciemment acceptée comme nécessaire à un “bien commun” historiquement méprisant du droit individuel.
Les haut-fonctionnaires, formés et choisis en fonction de leur adhésion à l’idéologie au pouvoir plus qu’à de réelles capacités d’administrateurs, se devaient d’en exprimer et d’en suivre les détails, puisque nommés par d’autres, et susceptibles d’être “placardisés” sans recours.
Il fut une époque … révolue.
La France vit sur un mensonge, voyez-vous (c’est une longue et détestable habitude) : elle a perdu la seconde Guerre Mondiale. Elle n’a pas regagné son indépendance seule, et encore moins sans contre-parties.
Ce n’est plus la vieille “déclaration des Droits de l’Homme” française qui conduit le droit, mais la “charte des droits et libertés humains” américaine, en vigueur là-bas depuis … 1784. Bien avant, soit dit en passant, la première “Déclaration ..” française (1789), ce qui n’empêche nullement la propagande de réputer la France “pays des Droits de l’Homme” … Longue et détestable habitude du mensonge.
Les conséquences en sont que la France doit respecter les droits de ses citoyens.
Elle doit respecter leur identité quand ils sont “ses” élèves.
Elle doit rendre la justice selon la loi et non selon une idéologie, ou en assumer la logique, puisque ses citoyens peuvent en appeler à l’échelon “du dessus”.
Elle doit aussi répondre à des critères de bonne gouvernance appréciés en commun avec d’autres états.
L’instituteur n’est plus tout puissant sur “ses” élèves.
Le juge n’est plus tout puissant sur “ses” justiciables.
Les haut-fonctionnaires ne sont plus tout puissants sur “leurs” administrés.
Pourquoi alors jouiraient-ils d’un prestige particulier ? En sont-ils, d’ailleurs, plus dignes qu’un médecin, un pompier, un prêtre ?
Que des enseignants incapables de parler français correctement, prétendant de surcroît imposer leur conception du métier contre le suffrage universel, soient assurés d’un emploi à vie assorti de privilèges me choque.
Qu’un juge inique, seulement préoccupé de son avancement et coupable de broyer des vies innocentes reste en fonctions et soit encore largement rétribué me choque.
Que des haut-fonctionnaires mènent grand train aux frais de leurs administrés, qu’ils sont censés servir, me choque.
Les erreurs, les incompétences devraient se payer d’autant plus cher qu’elles sont le fait de personnel AU SERVICE du public.
Et la compétence devrait se doubler d’une modestie qui justifierait le mot de “sacerdoce” tant exploité.
Car je ne crois pas que la dévalorisation ait appelé la médiocrité, mais bien l’inverse. Il y a belle lurette que ces personnels ne méritaient pas la considération dont ils jouissaient, à supposer qu’ils l’aient méritée un jour !
Enfin, je trouve curieuse votre dernière réflexion “Est-ce que notre élite n’est pas destinée à baisser inéluctablement à cause de cette idée superficielle selon laquelle ces professions sont moins productives que les autres ?”.
Vous dites que les meilleurs vont fatalement là où on les paye le plus. En suivant votre idée, les meilleurs sont, par conséquent, les plus riches.
Si je ne me trompe, cela s’appelle la ploutocratie.
Mais qui ai-je bien pu entendre fustiger la “mentalité bourgeoise” de notre époque ?
Excellentes réflexions !!!
Vous auriez pu ajouter que la France, avait été le seul pays a avoir collaboré avec son occupant !!!
Egalement : dans le privé, on est payé aux résultats. S’il en était de même pour les fonctionnaires…il y a longtemps que le déficit serait épongé !!!
Merci pour votre lucidité, et meilleures salutations.
Claude SACCARO