Ceux qui parlent le mieux de la différence hiérarchique entre musique savante et musique populaire, ce sont ceux parmi les musiciens populaires qui ont le plus de talent. En France, Jacques Brel trouvait ridicule qu’on le qualifie de “poète”, il se voyait chanteur ; Gainsbourg répétait à qui voulait l’entendre qu’il faisait de la petite musique en comparaison de la grande musique, d’ailleurs ses nombreux emprunts mélodiques à la grande musique étaient autant d’hommages qu’il lui rendait. De réputation mondiale, Paul Mc Cartney, ancien membre du groupe anglais de musique populaire Beatles, ayant terminé sa carrière, ayant pris de l’âge et de la maturité, ne pouvant plus se satisfaire de la musique d’adolescent qu’il avait pratiquée avec talent, a essayé à plusieurs reprises de pénétrer dans la cour des grands, proposant un oratorio, cherchant des complicités avec Cage ou Stockhausen. De même les Pink Floyd ont-ils, sur le tard, fait retranscrire quelques-uns de leurs morceaux pour l’orchestre symphonique de Londres. Et en-dehors de la musique, on a vu Hergé tenter lui aussi l’impossible: devenir un dessinateur et même un peintre d’art majeur.
En revanche, la crise des arts majeurs au XXe siècle les a éloignés de l’art véritable, donc du public, et a laissé presque tout le champ libre aux arts mineurs, ce qui a donné à ces derniers un prestige inédit. Cela étant, comme souvent dans l’histoire, les arts majeurs peuvent trouver une inspiration dans les arts mineurs. Mais ceci est un autre sujet.
Gainsbourg, Brel avaient l’honnêteté que vous signalez. Brassens également. Le 8 juin 1967, parrainé par Marcel Pagnol et Joseph Kessel, l’Académie française lui décerne le Grand Prix de poésie pour l’ensemble de son œuvre. Brassens en est honoré mais pense ne pas le mériter.
« Je ne pense pas être un poète… Un poète, ça vole quand même un peu plus haut que moi… Je ne suis pas poète. J’aurais aimé l’être comme Verlaine ou Tristan Corbière.»
mais qu’est ce qui fait la différence entre art majeur et art mineur?