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Avance-toi au quatrième chœur des Dominations
Anges de la charité qui veillent le prince chrétien
Lieutenant du Seigneur dans les affaires du temps
Dont le haut ministère est de rendre à chacun ce que la nature les malheurs ou des hommes de vice auront pris avant que la justice ne soit prononcée sous le chêne à Vincennes
Et tous ceux qui enseignent d’étendre le règne de Dieu sur terre
Le pape les évêques les prêtres les consacrés
Les professeurs et les poètes et les musiciens
Et les peintres et les sculpteurs et tous ceux qui offrent à leurs frères un second œil pour voir Dieu
Une seconde oreille pour entendre sa voix
Et le père qui bénit ses enfants et la mère qui les nourrit de son sein sa douceur sa tendresse
Qui sont le sein et la douceur et la tendresse de Dieu
Et l’enfant qui a prié pour ses parents privés de Dieu
Indignes même parfois de lui avoir donné le jour
Et le frère qui aime son frère non pour le prendre mais pour se donner
Et le maître qui sert son serviteur
Dominations
De qui tous ceux-là reçoivent la royauté de Dieu en héritage
Qui allument le cœur des hommes au cœur sacré de Dieu rayonnant sur les âges
Par qui la royauté de Dieu est une offrande et non point une ponction
Une servitude et non point une imposition
Un relèvement et non point une prosternation
En qui Jésus-Christ roi du monde a couché son corps nu flagellé calomnié sur la croix
Retenu son poignet sous ma main qui le blesse
Dominations qui professent que la royauté de Dieu sur l’homme est un renoncement afin que l’homme règne avec Lui dans l’amour partagé
Et toi, chair d’homme, es-tu prêt à connaître ces noces comme sont apprêtées les Vierges sages du Seigneur
Es-tu prêt à régner avec Lui dans l’amour ici-bas
Ici-bas !
Non point pour seulement préparer ta vie d’après la mort mais ici maintenant es-tu prêt à montrer à tes frères que tu es une image de Dieu
Es-tu prêt à te présenter devant eux qui sont le visage du Christ
Les deux mains toutes désarmées de ton orgueil et ton intelligence
Et ta vengeance et ta revendication
Sauras-tu fondre l’acier de ton glaive dans la fournaise que Dieu vient allumer en ton cœur
Me voici Seigneur
Réponds aux Dominations : es-tu prêt à te présenter nu dévêtu
Exposé au regard des pécheurs dans la puanteur de ton péché présent
Qui humilie ton corps et ton âme
Et tout ce que tu es
Et tout ce que tu as été
Oh mon bon ange vous m’accablez
C’est l’ange réprouvé le Grand Accusateur qui t’accable
C’est la corde tressée au chanvre de tes fautes qui s’enfonce douleur dans tes chairs
Ce sont les chaînes que tu as posées sur ton échine qui entravent ton âme alourdie gémissant aujourd’hui vers le Ciel
Mes paroles sont légères et légère est la grâce qui t’appelle
Mes paroles te libèrent de ta tyrannie
Es-tu prêt à plier vers la terre
Ainsi configuré à Jésus-Christ et laver à genoux les pieds noirs de tes frères
Afin que le premier devienne le dernier et le dernier des hommes le premier servi
Me voici
Réponds aux Dominations : es-tu prêt à aimer celui qui te hait
De tout ton cœur de toute ton âme et de toutes tes forces
Oh mon ange les hommes qui me haïssent me feront encore mal
Mais brûle-donc, chair d’homme !
Brûle ton bois de prudence
Brûle comme Jeanne a brûlé tout son corps
Car il y a plus difficile que d’aimer ton ennemi
Es-tu prêt à aimer celui qui ne t’aime pas
L’aimeras-tu au milieu même de son indifférence
Sous le silence et la chaleur falace de ce désert austère qui ne réchauffe point mais plongera ton cœur dans la glace
Ton cœur transpercé de pointes stalactites
Chaque goutte de temps qui coule renforcera la dureté la longueur l’étendue de cette absence froide au creux giron de ton amour
Es-tu prêt à aimer celui qui ne t’aime plus
Pitié anges Dominations
Ce n’est point ta réponse
Renonce
Renonce !
Renonceras-tu aux biens que tu possèdes toi qui es pauvre déjà
Dont la maie revient vide au vingt de chaque mois
Seigneur me voici
Réponds aux Dominations : ce n’est point malaisé pour toi que de trancher ce lien qui ne tire aucun poids
Ce n’est pas difficile de mépriser l’avoir que tu as toujours méprisé comme le maître son domestique
Et le baron ruiné son ancien garde-chasse
Renonces-tu aussi à ce qui te retient contre ton frère qui est l’image vivante de Dieu
Tes vanités tes espérances solitaires
Tous ces esclaves de l’esprit qui remplacent les serviteurs perdus
Oh bon ange devrais-je tout donner ?
Tout ce que j’ai bâti sur ma souffrance
Toute mon œuvre dont le dessein pourtant est de servir Dieu par mes frères et mes frères par Dieu
Ne jette point le fruit de ces talents que le Seigneur te donne
Détruis ici-même sur mon seuil tout ce que tu retiens pour toi
Tous tes espoirs de gloire parmi les hommes
Pitié anges Dominations !
Renonce à ton destin ! Renonce à toute épopée ! Renonce à leurs acclamations !
Pitié !
Presse le fruit de tes œuvres et qu’en jaillisse le jus
Le zeste ne servira plus
Donne
Donne-moi
Donne-toi
Effondre-toi sur le sol
Lève ta main en signe que tu es vaincu
Non point en toi l’homme nouveau mais l’homme ancien
Lève ta main
Me voici
Entre dans la Première Hiérarchie.
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(in Les Angéliques, dans toutes les Procures ou à commander chez votre libraire)
Je m’étais abstenu de le lire trop rapidement, attendant un moment de meilleure réceptivité … Dieu merci !
Le dialogue est terrible, comme l’est l’implacable bonté de Celui qui nous poursuit de ses grâces, couvrant notre pauvre tête de bienfaits quotidiens sublimes comme de tendres et merveilleux pétales de roses, jusqu’à ce que nous cessions de fermer les yeux et voyions enfin le Vrai et le Juste.
Fort et si difficile à entendre, alors que l’autre nous hurle en permanence ses erreurs, nous égare dans l’agitation et l’éclat du monde, nous trompe tout simplement sur ce qui est bon pour nous.
Bravo, Monsieur Adeline, de nous donner à relire une si belle leçon !