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Finalité de l’architecture

Aristote écrivait que le meilleur connaisseur de la selle de cheval n’est pas l’artisan qui doit la fabriquer, mais le cavalier qui s’en servira. J’ignore ce que l’on enseigne dans les écoles d’architecture, mais j’ai trois exemples de notre bêtise contemporaine en ce domaine. Quand j’ai été invité (il y a longtemps maintenant!) à visiter le chantier de la Grande Bibliothèque (elle ne s’appelait pas encore Mitterrand, puisque c’était sous Mitterrand) il pleuvait: nous avons tous failli nous casser la jambe en montant l’escalier de bois (l’architecte Dominique Perrault est un fanatique du bois) et naturellement il y eut des accidents plus tard, quand le bâtiment fut ouvert au public. Il fallut aménager les marches de bois afin qu’elles ne glissent plus. L’architecte génial avait prévu que les livres soient rangés derrière les vitres des quatre gigantesques tours, exposés au soleil, destinés donc à se tordre. Sous le sol, l’entrepôt était à proximité de la Seine, il y avait des infiltrations… etc… etc…

Deuxième exemple, celui d’un commissariat. C’est un bâtiment évidemment spécifique, où un policier doit pouvoir emprunter les couloirs en tenant fermement à son côté , menotté, un délinquant. Mais l’architecte (génial) a dessiné des couloirs très étroits, où policier et brigand avancent à la queue-leu-leu.

Troisième exemple, une autre bibliothèque (pardonnez-moi mais j’y vais souvent pour mes recherches bibliographiques): dans la salle des fonds anciens, où la plupart des livres sont de grande taille, la tablette prévue pour les poser et les ouvrir mesurait 20 cm de large!

Je vous écris cela après avoir longé un bâtiment tout neuf, sur la façade duquel on a déjà dû poser des filets métalliques pour empêcher les plaques de revêtement de tomber sur les passants. C’est quelque chose que l’on voit dans toutes villes, je me souviens qu’on avait dû s’y résoudre un ou deux ans à peine après la construction de l’Opéra-Bastille. Comme quoi, la satire de Goscinny dans Astérix et Cléopâtre n’a pas été comprise par tout le monde.

2 Commentaires

  1. vlrlpg — 11 avril 2008 #

    Ou : de l’influence de l’appendce nasal sur le cours de l’Histoire et sur les vestiges appelés à longtemps survivre à leur initiateur ! Il eut fallu que Mitterrand supporte la comparaison, ce qui n’était manifestement pas le cas !

  2. Yvon de Poligny — 11 avril 2008 #

    Il en va de l’architecture comme de tous les arts …
    A l’image d’autres mouvances “contemporaines”, l’architecture a tourné le dos au beau, mais pas pour privilégier l’utile (que l’agréable n’interdit pas), juste par idéologie artistique. Soyons honnêtes : nombre de bâtiments plus anciens furent aussi conçus en dépit du bon sens. Mais, c’est vrai, ceux d’aujourd’hui ajoutent aux errements fonctionnels une laideur érigée en norme !

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