Yves-Marie Adeline / 172 Articles / 393 Commentaires / Articles RSS / Commentaires RSS


Hommage à Jacques Martin, père d’Alix

Jacques Martin, le père du personnage de BD Alix, est mort le mois dernier, et malgré tout, il faut bien lui rendre hommage.
Je dis “malgré tout”, car en vérité, cela faisait longtemps, presque 40 ans (!) qu’Alix était mort. Jacques Martin, comme il arrive parfois, a perdu toute inspiration après ses 8 premiers albums, et a accumulé pendant des décennies des navets tous plus médiocres les uns que les autres.
Le tournant s’est produit dans l’après-mai 68. Non seulement son imagination se tarissait, mais Martin a commis l’erreur d’introduire Alix dans un univers mental adulte, malgré l’exemple qu’avait donné son maître Hergé. Le lecteur était même spectateur du désordre que semait en lui sa libido, jusque là retenue dans son quant-à-soi.
Il n’empêche: les 8 premiers albums (si je me souviens bien du compte) entrent dans la légende de la grande bande dessinée. A sa grande époque, Martin prenait son inspiration dans le cinéma. La première histoire: Alix l’intrépide, emprunte beaucoup de scènes à Ben-Hur, tout en conservant son originalité et son propre sens épique. La plupart des autres (Le Sphinx d’or, l’Ile maudite, le Dernier Spartiate, les Légions étrusques) empruntaient à James Bond: quelque part dans l’Empire romain, un individu charismatique et mégalomane construit une contre-société visant à renverser la domination établie. C’était à chaque fois très réussi. Hergé, son maître, le comprenait mal, parce que, selon lui, une BD devait comprendre au moins quelques scènes burlesques (”Dites, votre César, il ne se prend donc jamais les pieds dans le tapis”?) mais, sans commettre à cette époque l’erreur de projeter son héros dans un univers qui n’aurait jamais dû être le sien, il l’avait d’emblée placé dans un monde sérieux, proche du réel, ce qui ouvrait plus encore les portes de la rêverie, mais une rêverie sérieuse, pas comique. Quitte à s’inspirer parfois de l’actualité contemporaine: La Tiare d’Oribal empruntait à la restauration par les USA (Rome) de son allié le roi Mohamed Reza (Oribal) qui a été chassé de son trône par Mossadegh (Arbacès).
Mais c’est encore un autre album qui contribuera le plus à la gloire de Martin: La Griffe noire, dont on peut dire qu’il se range parmi les meilleures BD jamais écrites, du même gabarit que La Marque jaune par exemple (Jacobs avait été son son condisciple auprès d’Hergé) en compagnie des plus grands auteurs.

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