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La culture et l’argent

La culture de masse détruit la culture, c’est vrai, mais justement, c’est l’argent qui fait la culture de masse. Car une grande oeuvre n’est jamais rentable, elle ne fait que coûter, elle ne rapporte rien. C’est pourquoi les mécènes d’autrefois, par amour de l’art et des lettres, leur consacraient une partie de leur or sans rien espérer de pécuniaire en retour: la beauté était leur récompense.  A partir du moment où l’art et les lettres sont marchandisés, un peu de bon sens marketing fait découvrir que l’art mineur est beaucoup plus rentable que l’art majeur, que les genres littéraires mineurs sont plus rentables que les genres littéraires majeurs, puisque les premiers sont à la portée de tous, tandis que les seconds ne sont accessibles qu’à un public cultivé. Ce déséquilibre ne peut que s’accentuer aujourd’hui (aux dépends des vrais artistes et des vrais écrivains) puisque le public cultivé se réduit logiquement avec le naufrage des institutions chargées de transmettre l’instruction préalable à toute culture.

1 Commentaire

  1. Yvon de Poligny — 22 mai 2008 #

    “les mécènes d’autrefois, par amour de l’art et des lettres, (…)” : quelle touchante naïveté !
    Sarcasmes mis à part, reconnaissez que le mécénat a toujours eu plus souvent comme moteur la volonté de s’acheter une image positive, de se ménager des amitiés et des fidélités dans des cercles peu accessibles aux fortunés.
    Tout comme la protection sociale assurée par les grands entrepreneurs du XIXème, l’Etat s’est accaparé la pratique du mécénat, dans le même but (une bonne idée ne se perd jamais). Les démocraties, par essence vouées à exprimer et suivre le souhait de la majorité, donc gouvernements “de masse”, ne peuvent naturellement que favoriser l’expansion de cette “culture de masse” que vous critiquez à juste titre. En réaction elles se créent des institutions culturelles artificiellement élitistes, déterminant une culture “officielle” pour échapper aux critiques des élites culturelles préexistantes. Le résultat est rarement heureux, d’autant que la tentation est forte d’utiliser cette clientèle à la promotion idéologique, mêlant, comme cela se faisait déjà à Rome il y a 2000 ans, art et propagande politique.

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