Certes, on peut déplorer la déterioration des relations russo-géorgiennes, mais il est notoire que depuis trop longtemps l’Amérique joue avec le feu en resserrant son étreinte autour de la Russie. En tout cas, souhaitons que M. Sarkozy ne nous enchaîne pas à la stratégie américaine, comme nous étions inféodés à la stratégie anglaise sous la IIIe République.
J’entends bien la position russe et je comprend leur réaction après les couleuvres avalées récemment (Kosovo, anti missiles en Pologne). J’envie même un peu les russes qui ont des hommes politiques capables de prendre des décisions musclées lorsque les intérêts de leur patrie sont en cause … il y a belle lurette que nous n’avons plus cette capacité en France et plus largement en Europe de l’Ouest.
J’entends bien la position des USA qui visent à limiter la puissance d’un de leurs concurrents, la Russie. Le bail de Sébastopol (location du port militaire aux russes par les Ukrainiens) tombe en 2012, il y a une possibilité de sortir la Russie de la Mer Noire, il est logique que Georges Bush (libre en ce moment de toute contrainte électorale) joue cette carte. J’envie également les états uniens qui ont des dirigeants capables d’avoir des stratégies à moyens - long terme et un outil militaire pour les rendre crédible mais je regrette pour eux que sur ce pli, Poutine gagne.
Je comprends les positions embarrassées des dirigeants européens. Ce conflit nous oblige à choisir entre l’alliance avec les russes ou avec les USA. L’alliance avec nos alliés américains est historique et nous a protégé pendant la guerre froide, celle avec la Russie est plus porteuse d’avenir. Malheureusement, ni les nations, ni l’union ne peuvent faire ce choix aujourd’hui qui suppose une vision stratégique à long terme que nos institutions actuelles nous empêchent d’avoir. Je ne parle même pas bien sur de l’absence de moyens militaires pour appuyer un tel choix. J’espère comme vous le dîtes et comme l’a dit Philippe de Villiers ces derniers jours que nos représentants seront prendre un position équilibrée pour préserver l’avenir.
Mais ce que voudrais comprendre aujourd’hui, c’est l’aspiration réelle des Georgiens (4 millions d’habitants de 10 nationalités différentes environ) qui n’ont que très rarement été indépendants. En cherchant à me renseigner sur cette question, j’ai trouvé la voix du patriarche Elie II qui disait en Octobre 2007:
“Les conditions sont aujourd’hui réunies en Géorgie pour que le rêve du peuple géorgien sur le retour à la monarchie constitutionnelle puisse être réalisé avec la bénédiction du Seigneur. Nous prions le Seigneur pour que la Géorgie retrouve sa force, pour qu’elle se calme et se réunifie (…)
D’autres pays nous dictent souvent ce que nous devrions faire. Certains affirment que la Géorgie devrait être une république présidentielle, d’autres évoquent une république parlementaire et ainsi de suite. Or, c’est à nous d’en décider (…)
Certains proposent d’établir en Géorgie une monarchie constitutionnelle. Je vous explique ce que cela signifie: le roi règne sans diriger, il garantit l’intégrité territoriale du pays et la protection des droits de l’homme (…)
Le peuple géorgien doit être prêt à accepter le nouveau régime, et il devra choisir son roi parmi les descendants des Bagratides qu’on devrait élever dans cet esprit dès l’enfance”.
Espérons que ce Patriarche soit écouté … rapidement.
Le “pouvoir” géorgien s’est bercé d’illusions atlantistes alors que la rebuffade de Bucarest aurait dû l’alerter sur le désintérêt de l’Occident à son endroit, administration Bush exclue. Au lieu de quoi, il bombarde “ses” populations ossètes au nez de l’ours russe qui n’attendait que cette occasion pour l’humilier. J’ai cru un moment à une opération d’intoxication du FSB de Moscou.
La moindre des choses serait la démission de ceux qui ont décidé de cette aventure grotesque !
Quant aux Russes, ils nous ont montré comment l’armée régulière lâchait ses ribauds sous la forme d’escadrons de pillards incendiaires, comme d’autres le firent en Yougoslavie. La purification ethnique est en bonne voie pour détacher les deux provinces rebelles et les intégrer dans la CEI russe.
C’est la gifle de revers du Kosovo !