L’univers lefalhérien est tout dans cette toile. La femme au bord de l’eau médite mélancoliquement sur le temps primordial perdu. Derrière elle, une statue de guerrier évoquant la chevalerie disparue. Sur la rive, des bateaux échoués, immobilisés dans le temps qui les a rattrapés. Ils n’ont pas affalé leurs voiles, car ils n’ont pas vu venir la mort. Ils ont toutes voiles dehors, mais ils ne repartiront pas: ce n’est pas seulement la fin du voyage, c’est que le voyage n’est plus possible, car nous sommes passés d’un temps à un autre.
C’est cet autre temps: le nôtre, que Le Falher interroge. Est-il vrai que le Graal a disparu? Ou bien le monde peut-il encore se réenchanter ? Le peintre trouve la réponse dans la nature qui l’entoure: le monde oublié est là, en contre-temps, en contre-jour, derrière l’apparence du monde actuel; de même que l’esprit survit au corps et enchante le monde, mais demeure invisible aux êtres vils. Un ésotérisme que l’on pourrait contester rationnellement; mais dont la poésie fut la muse de Le Falher.
M. Jean Raspail se serait bien entendu avec Le Falher…