L’un des grands mythes de notre époque est de laisser penser que les hommes sont aujourd’hui socialement plus égaux qu’autrefois, alors que les chiffres montrent bien que, tout au contraire, l’écart ne cesse de s’amplifier. En France, le rapport entre les plus hauts salaires et les plus bas est de 1 à … 600 !! Chose impensable autrefois.
Le seul changement, c’est que cette inégalité, à mesure qu’elle s’est creusée, est devenue moins visible, parce que, parallèlement, les riches ont suivi logiquement le mouvement de décadence culturelle. L’homme le plus riche du monde, Bill Gates, ne s’habille pas plus richement qu’un chômeur. Quand, avant 1914, Boni de Castellane faisait bâtir le Palais rose sur l’avenue du Bois (future avenue Foch), aujourd’hui certains parisiens encore plus riches qu’il ne l’était cachent leur prospérité, et de toutes façons ne sauraient pas comment la traduire culturellement, puisque la culture s’est effondrée. Il n’est pas sûr que le bon peuple y ait gagné au change.
Une fois encore, je regrette de devoir souligner mon désaccord sur le fond : de quel “autrefois” parlez-vous ? Si c’est une référence vieille d’un siècle seulement, elle ne vaut pas grand chose et ne peut en tous cas servir de référence absolue.
Quand mes ancêtres affichaient des rentes annuelles de plusieurs centaines de milliers de livres au milieu du XVIIIème siècle, je crois qu’ils dépassaient de beaucoup ce facteur 600 …
Je pense qu’on doit regarder l’évolution d’une société comme celle du climat : avec énormément de recul ! Qu’est-ce qu’un siècle ? A peine plus que la vie d’un homme, moins même pour certains. Qu’il y ait des fluctuations sur une telle période n’a rien d’étonnant, et je ne pense pas qu’il soit opportun d’en tirer des sentences définitives.
D’autant qu’un salaire “bas” d’aujourd’hui permet quand même de vivre autrement plus confortablement qu’il y a un siècle ! Ce que vous écriviez dans votre article au sujet des cadres vaut aussi pour un simple smicard, qui n’a plus les conditions de vie d’un ouvrier de 1900.
A moins de verser dans l’égalitarisme le plus absurde, il n’y a rien de choquant à la richesse, quelle que soit sa proportion, quand les échelons les plus bas connaissent une évolution aussi considérable.
Je répète donc ce que j’écrivais ici il y a quelques temps : il faut dissiper l’écran de fumée des “30 glorieuses” et se rendre compte que ce fut une période anormale et conjoncturelle. Nos références sociales pour juger de la progression ou d’une éventuelle régression du bien-être matériel doivent s’étirer sur un temps plus long, beaucoup plus long même, même si c’est à rebours de la pensée actuelle, “toujours plus” et “tout, tout de suite”.
La richesse de Bill Gates n’a pour moi rien de choquant. ce qui est choquant c’est le luxe tapageur de certains nouveaux milliardaires russes en particulier.
Mais si on prend le cas de Bill Gates, ou de Warren Buffet, les deux hommes les plus riches du monde. Tous les deux ont amassé grâce à leur travail des fortunes gigantesques. Tous les deux vivent donc très très bien. Mais concrètement leur richesse n’a rien de scandaleux. Elle est investie, placée dans des sociétés, et contribue donc à la croissance de demain. Warren Buffet vit ainsi dans une maison estimée à 526 000 euros! Enfin, les deux hommes sont aussi de grands philanthropes.
La richesse peut donc être vertueuse et comme vous le souligniez les riches d’autrefois ne vivaient pas de la manière que ceux d’aujourd’hui.
Cela me semble du aux changements qu’ont connu nos sociétés qui sont devenues de plus en plus démocratiques et égalitaristes.
C’est une bonne chose je pense mais c’est vrai que cela tend à faire disparaître l’élitisme, le mécénat, donc la “high culture”.
Sinon je ne sais pas où vous trouvez vos sources pour affirmez que les écarts de revenus étaient moins élevés au début du XXème siècle. Tout semble me prouver le contraire.
La fortune de Rockefeller par exemple était sans commune mesure avec celle de Bill Gates selon les économistes et dans tous les pays occidentaux les inégalités au début du XXème siècle étaient très prononcées.
Je vous conseille la lecture du dernier ouvrage de Jacques Marseille ou il dénonce l’idée toute faite entretenue par la gauche républicaine qui laisse penser que les inégalités progressent:
D’après ses sources qui semblent crédibles, l’écart de revenus entre le premier et le dernier décile de la population française (les 10% les plus pauvres et les 10% les plus riches) est passé en 100 ans d’un facteur 19 à un facteur 3.
Plus fort encore, les stats européennes définisse la pauvreté comme étant un revenu inférieur à 890 euros. La France est le pays qui a le mois de pauvres (selon ce critère) a égalité avec la Suède. Malheureusement, la France est également le pays ou il y a le moins de riche selon les critères européens, seulement 3%. Nous serions en Europe le pays ou il y a le plus de ‘moyens’.
Toujours plus fort, d’après Marseille, la réduction des écarts riches - pauvres a été plus forte pendant les 30 piteuses que pendant les 30 glorieuses … comme quoi, les stock options, la mondialisation et les délocalisation, le show-biz, les montres rolex et tout ce que les médias agitent devant notre nez, et qui n’est effectivement pas tjs glorieux, n’a pas toujours l’effet que l’on croit.