Yves-Marie Adeline / 96 Articles / 238 Commentaires / Articles RSS / Commentaires RSS


Le creusement des inégalités

J’entends sur France-culture, radio de bonne qualité mais peu réputée pour son objectivité, une journaliste parler “d’un sentiment qui voudrait que les inégalités se creusent en France”.

Ce n’est pas un sentiment, c’est une réalité. Depuis le début des années 80 (quels qu’aient pu être les gouvernements de droite et de gauche) l’Etat hésite à recourir à l’impôt et préfère s’endetter. Mais auprès de qui? De ceux qui ont suffisamment d’argent pour en prêter.

Donc les riches sont gagnants deux fois: en étant insufisamment taxés, et en touchant les intérêts de leur créances sur l’Etat.

Quand on est passé de Giscard à Mitterrand en 1981, les marxistes chantaient victoire dans le vide, les riches ne pouvaient pas se douter qu’en fait les choses iraient mieux pour eux, ni les pauvres qu’elles iraient pire, ni les classes moyennes qu’elles étaient destinées à s’apauvrir.

2 Commentaires

  1. Yvon de Poligny — 7 juillet 2008 #

    Voilà encore de drôles de réflexions … franchement populistes.

    Un peu de raison, à la fin ! Vous gémissez sur les “inégalités” : que voulez-vous ? Est-il préférable d’avoir un éventail des revenus resserré mais où les plus pauvres n’ont même pas de quoi vivre, ou des écarts vertigineux mais où les revenus bas permettent une vie décente ?

    J’entends bien sûr les réflexions habituelles : “comme si on pouvait faire vivre décemment sa famille avec le smic !”, et d’autres du même style.

    Je le dis et je le répèterai à chaque fois : dépassons le mirage des “30 glorieuses”, et oublions les années 70 qui en furent le sommet. Facile d’avoir une économie florissante quand la population a été décimée par 2 guerres mondiales en 30 ans, faussant l’équilibre démographique naturel ! Les retraites n’ont pas dû être une bien lourde charge de 1945 à 1975 ! Dans un monde colonisé suppléant nos manques, et avec une énergie abondante et peu coûteuse, en prime. Et comme la demande était pressante pour tous les biens d’équipement, le bâtiment, l’alimentation, le travail ne manquait évidemment pas à une population jeune et motivée car démunie.
    Mais n’oublions pas les conditions de travail alors en vigueur : salaires bas et horaires lourds. Vous ne pensez quand même pas qu’un ouvrier pouvait “décemment” (au sens actuel) faire vivre sa famille dans les années 60 avec son seul salaire ? Ces conditions de travail, (presque) plus personne n’en veut, et on ne peut nier que si elles avaient cours aujourd’hui, la compétitivité de notre économie ne serait pas un problème …

    On parle aujourd’hui de “travailleurs pauvres”, en pointant ce qui serait une création récente de l’affreux libéralisme. Quel mensonge pitoyable et ridicule : dites-moi donc qui sont les personnages de Zola, sinon des “travailleurs pauvres” ? Et encore faut-il se souvenir que les employés des mines ou des usines étaient, à cette époque, mieux lotis que bien des paysans qui étaient la majorité de la population …
    On me dira : “1900, c’était déjà le capitalisme”, et on n’aura pas tort.
    Alors remontons de quelques générations : 1800. Les “travailleurs” étaient-ils plus “à l’aise” ? Et les “classes moyennes”, étaient-elles florissantes ? J’entends, plus qu’aujourd’hui ? … nous sommes d’accord, pas vraiment. Et puis le capitalisme était déjà là.
    Vers 1700, alors ? La France n’était pas encore capitaliste. Ah, la belle époque que voilà, libérée de l’emprise des vilains boursicoteurs et autres exploiteurs du peuple … Quel exemplaire bien-être matériel régnait alors ! Surtout, quel bel exemple de moindre “inégalité” des revenus … On ne parlait pas de “travailleurs pauvres” ni de “précarité”, c’est certain, et les ouvriers agricoles d’alors, errant au jour le jour de ferme en ferme en espérant échapper à la prochaine disette devaient s’en trouver fort bien ! Et les “classes moyennes”, tous ces artisans et commerçants, vivaient - c’est indéniable - dans une opulence que l’on regrette et que l’on envie même !

    Hormis pendant ces 30 “glorieuses”, dont le mythe nous empêche d’apprécier notre réel bien-être actuel, dites-moi à quel moment de notre histoire la population vécut-elle mieux ? Et ma remarque vaut pour toutes les “classes”, y compris les “moyennes” …

    Allez, redescendons sur Terre. Les conditions de vie matérielle ne s’améliorent plus aussi vite qu’elles l’ont fait récemment, c’est vrai ; les gens les plus aisés ont moins souffert du ralentissement économique, c’est vrai également ; les classes moyennes sont maintenant proportionnellement plus proches des revenus de base que des plus élevés : vrai encore ; comme dans toutes les “crises”, certains tirent bien leur épingle du jeu et s’élèvent quand la masse peine : c’est une évidence. Mais quoi ! nous vivons dans une telle abondance, une telle sécurité, et on se plaint encore.

    C’est un manquement à la mémoire de nos ancêtres qui ont vécu autrement plus durement, dans la dignité et sans crier jour et nuit à la fin du Monde ! Les enfants des 30 glorieuses sont d’insupportables enfants gâtés, qui pleurent de ne plus avoir toujours plus, geignent la bouche et les mains pleines, et trépignent de jalousie devant la richesse d’autrui en refusant de céder quoi que ce soit à l’intérêt commun.
    Quelle pitié, et quelle preuve que le bien-être matériel n’améliore pas l’Homme !

  2. Henri — 7 juillet 2008 #

    Bonjour,

    Votre blog touche un point sur lequel je suis assez sensible “France Culture, radio de bonne qualité mais peu réputée pour son objectivité”. Comment dans ces conditions une radio peut être de bonne qualité ? Mis à part la qualité du son, franchement je ne vois pas ce qui peut sauver ce machin qui tente chaque matin de m’infester par le virus du conformisme ou de m’inoculer celui du socialisme.
    Il y a bien sur quelques émissions intéressantes, celles de Finkielkraut (le samedi matin) ou de Philippe Meyer (le dimanche). Je ne m’explique pas cependant ce que font ces bigorneaux à rester accrocher à ce rocher qui sombre.

    Quant aux riches et aux pauvres, je suis assez d’accord avec Yvon qui remet les choses en place sur la longue durée. Pour le compléter, je dirais que refermer la parenthèse des 30 glorieuses consiste aussi à revoir le système de protection sociale. Un peu de concurrence entre les systèmes d’assurance (rappelons nous que l’Europe est contre le monopole de la sécu en ce domaine) et de responsabilité de la part de tous permettraient une revalorisation des revenus les plus modestes (2000 euros / an pour un e personne touchant le SMIC) et favoriserait l’entreprise France dans le commerce mondialisé.

    La bonne nouvelle vient peut être du pétrole cher. En effet, cette nouvelle conjoncture qui fait plonger la balance commerciale de la France de plus de 40 MMeuros par an va entrainer des crises sociales qui permettront des prises de consciences rapides et des cures d’amaigrissements drastiques. Les équilibres issus de 1945 ne sont plus tenables, autant en sortir vite et reconstruire rapidement. Les Français s’en sont toujours montré capables dans le passé, cette crise arrivant avant que le changement de population soit complètement réalisé, c’est peut être notre dernière chance pour sauver ce qui peut l’être!

Laissez un commentaire