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Le Déclassement, de Camille Peugny

J’entendais l’autre jour un sociologue fort intéressant, Camille Peugny, montrer que, à qualification égale, le cadre d’aujourd’hui est déclassé par rapport au même cadre d’il y a une trentaine d’années. (in Le Déclassement, chez Grasset)

Ce déclassement est sensible au niveau individuel, mais Aristote, qui nous enseigne la règle d’identité (A doit être A et rien d’autre que A) nous demanderait un peu plus de subtilité.

Quand j’entends ce discours à ma radio stéréophonique, assis dans le siège baqué d’une Peugeot 307, je suis dans une voiture disposant d’une technologie incomparablement supérieure à celle dont disposait mon prédécesseur cadre de même qualification d’il y a trente ans. Le confort est extrême, la tenue de route meilleure, la sécurité donc, et les pneus aujourd’hui ne crèvent plus, et j’ai un air-bag en cas de choc. Je roule sur une autoroute qui n’existait pas il y a trente ans à cet endroit. Je peux utiliser à bon marché un GPS qui a exigé le lancement d’un satellite dans l’espace à l’aide d’une fusée tellement coûteuse que, sur les 200 Etats dans le monde aujourd’hui, les pays capables de la produire se comptent sur les doigts d’une seule main. Quand je prenais une “Micheline” il y a 30 ans, on était loin du confort luxueux des Trains express régionaux (TER) d’aujourd’hui. Dans ma ville, il y a 30 ans, il n’y avait pas tout l’équipement médical, chirurgical, les scanners, les IRM, la haute technologie qui nous permet de vivre plus longtemps et en meilleure santé en moyenne. Tout cela a demandé des investissements fantastiques, à vrai dire énormément d’argent: le nôtre.

Un seul chiffre: notre fortune collective a doublé depuis 1980.

Donc, le raisonnement de Peugny est juste, mais pas exactement sous le même rapport. En fait, nous nous sommes collectivement enrichis.

Ce qui n’empêche pas que les inégalités se soient considérablement creusées depuis 30 ans, et qu’au niveau individuel, ou plutôt au niveau d’un foyer, la situation sociale des classes moyennes se soit déteriorée, que les pauvres se soient encore appauvris… tandis que les riches sont beaucoup plus riches qu’autrefois.

3 Commentaires

  1. Henri — 19 mars 2009 #

    Mais le déclassement est il simplement matériel ? Si déclassement il y a lieu, c’est probablement celui de la place du cadre dans l’entreprise et dans la société qui a changé.
    Règle d’identité dites vous. Au quotidien, elle est malmenée. Dans l’entreprise ou je travaille, la moitie des cadres n’encadre personne. Il faudrait les classer dans une catégorie employé mais comme cela ne fait pas chic et ne permet pas d’être attractif vis à vis des concurrents lors des embauches, ils sont classés comme cadre. Ce qui entraine de sérieux problèmes: J’ai eu récemment dans mon équipe à veiller à une transmission de compétences entre un technicien de 63 ans qui partait en retraite et un jeune cadre armé d’un DUT. Notre ancien était vexé comme un pou de devoir être remplacé par un jeune cadre, n’ayant lui même jamais été reconnu comme cadre au cours de sa carrière.
    Cette dévaluation s’accompagne d’un sentiment de précarisation. Le jeune cadre, moins bien formé que son ainé est très vite confronté à de grande difficultés dès qu’il doit exercer de réelles fonction d’encadrement. Dans ce domaine en effet, un oui doit être un oui et un non doit être un non. Le relativisme ambiant ne l’aide pas beaucoup à s’affirmer et les erreurs peuvent s’accumuler gravement si son propre supérieur ne sait pas arrêter cette dérive assez tôt.
    Enfin, degré supplémentaire du déclassement, l’association du cadre aux valeurs de l’entreprise qui sont un peu malmenées par ces temps de crise …

  2. Denis Florent — 19 mars 2009 #

    Euh… le GPS, ce n’est pas 1 satellite… c’est au moins 24 satellites !

    Et pour qu’un récepteur fonctionne, il faut qu’il soit “à vue” d’au moins QUATRE satellites.

    Alors, il peut, en calculant les temps de propagation de ces signaux entre les satellites et lui, connaître sa distance par rapport à ceux-ci et, par trilatération, situer précisément en trois dimensions n’importe quel point placé en visibilité des satellites GPS avec une précision de 15 à 100 mètres pour le système standard.

    ;-)

  3. Daniel Fattore — 20 mars 2009 #

    … tout dépend de ce qu’on appelle “pauvres”: aux Etats-Unis, les pauvres d’aujourd’hui ont presque toujours l’électricité et une voiture… Etait-ce le cas il y a trente ans?

    Quant à l’ouvrage que vous citez, je vais en noter scrupuleusement les références - surtout s’il est lisible pour un non-sociologue.

    Un exemple, au sujet des cadres? Alors qu’il y a trente ans, ils avaient leur propre bureau quasi garanti, on les oblige actuellement à travailler dans des bureaux en open space, d’où pertes en termes d’intimité, de confidentialité, de confort personnel au travail. Et pour rebondir sur le commentaire d’Henri, les cadres sont de plus en plus souvent des spécialistes chargés d’encadrer des projets (donc des subordonnés “de circonstance”, qui peuvent leur être supérieurs d’un point de vue strictement hiérarchique!)

    Tout cela, sans oublier l’aplatissement des hiérarchies, dont les cadres moyens sont les grands perdants (le phénomène est expliqué dans “La fin du travail” de Jeremy Rifkin, que vous connaissez sûrement).

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