On pourrait croire que l’édition anglo-saxonne, qui est avantagée par une langue véhiculaire universelle, profite de cette position dominante pour traduire le plus possible d’oeuvres étrangères, sachant que sa chalandise est aux dimensions du monde. Eh bien non, pas du tout.
Les statistiques montrent que l’édition anglo-saxonne ne traduit que 1% du patrimoine étranger à la langue anglaise, tandis que, inversement, parmi les grands pays bien sûr -car pour les peuples qui ont une langue peu pratiquée, l’obligation de traduction est évidente - c’est la France, malgré la maladie de son secteur éditorial, qui traduit le plus d’auteurs étrangers à son propre patrimoine. C’est en France que le lecteur français pourrait avoir accès à la plus grande diversité des ouvrages du patrimoine mondial.
Autrement dit, la question serait non pas économique, mais culturelle: la France serait plus ouverte au monde que le monde anglo-saxon.
Je demande quand même à voir. Une chose est de traduire des romans policiers américains en français, autre chose est de mettre à la disposition du lecteur français le véritable patrimoine littéraire mondial. Je caricature peut-être, du moins je l’espère. Car enfin, il y a bien des oeuvres majeures indisponibles en français, j’en sais quelque chose dans mon travail d’écrivain universitaire.
Et si le monde éditorial français était plus “libéral” que le monde éditorial anglo-saxon ? A la recherche d’un quasi-impossible équilibre financier, les éditeurs français privilégieraient-ils la littérature “policière” étrangère traduite en Français et à fortes ventes, pour compenser les faibles ventes des auteurs “littéraires” français que l’on publie par centaines chaque année ?
Paradoxe de l’exception culturelle française ?