Yves-Marie Adeline / 175 Articles / 403 Commentaires / Articles RSS / Commentaires RSS


Lectures d’été (3) : “Le Couvre-tête de Dieu”, de Damien Le Guay

C’est aux éditions du Cerf. Damien Le Guay nous offre, en prose poétique, un récit du moment sacré où Joseph réalise que Marie, sa fiancée, attend un enfant; et découvre en même temps qu’il a été choisi par le Fils pour être son père terrestre. En quelque sorte, Le Guay nous entraîne dans un long “fiat” joséphien dont on sous-estime généralement la dimension et la portée. Car enfin, lui aussi, il a bien fallu qu’il dise “oui” à l’événement qui se produisait: imaginez que Jésus soit né d’une fille-mère, sans un père terrestre pour l’accueillir ? L’idée de traiter cet aspect méconnu de ” la plus belle histoire” est excellente et originale.

Quant au style, il fleure bon l’esprit de Giono, le plus grand romancier français du XXe siècle après Proust.

Une seule réserve, non sur le style, mais sur une part du contenu: l’aversion de l’auteur pour Rome, pour Auguste assimilé à un ivrogne pervers (? Auguste? Le confond-il avec Tibère  en fin de règne ?); pour cet empire regardé comme le mal absolu. C’est une vision hollywoodienne dont on connaît les ressorts mais qui ne correspond pas, en tout cas, au sentiment que les chrétiens ont toujours eu pour cet Etat impérial, jugé bénéfique en tant que tel par la paix générale qu’il imposait (dans l’obéissance, certes), en-dehors de son paganisme (partagé par tous sauf les juifs); du culte religieux du souverain (un principe partagé par tous, sauf les Juifs, les Gaulois et les Indiens); et de certaines de ses mœurs violentes (gladiateurs, condamnés livrés aux fauves etc.) dont ils étaient eux-mêmes victimes puisqu’ils refusaient le culte de l’empereur. Mais quatre siècles plus tard, saint Jérôme pleurera le sac de la Ville éternelle; et avant cela Tertullien affirmait haut et fort le patriotisme romain des chrétiens contre l’accusation d’incivisme portée par ceux qui, comme tout le monde à cette époque, assimilaient la religion à la politique.
Mais enfin, cela ne m’a pas empêché de trouver beaucoup de plaisir littéraire à cette lecture.

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