Yves-Marie Adeline / 96 Articles / 238 Commentaires / Articles RSS / Commentaires RSS


Les encyclopédies en ligne

L’Encyclopédie Larrousse entreprend une démarche d’ouverture au net pour concurrencer wikipedia. C’est encore une occasion de méditer sur une lame de fond que je trouve bienfaisante. Quelques-uns ont mis en doute la fiabilité de wikipedia, mais finalement il apparaît que le pourcentage d’erreurs n’y est pour l’instant que légèrement plus élevé que dans d’autres encyclopédies. En effet, des savants peuvent publier des articles dans cette encyclopédie ouverte en ligne, qu’ils auraient pu tout aussi bien publier dans Bordas ou Larousse etc. s’ils y avaient été invités, simplement il y avait bien sûr plus de savants que d’encyclopédies. En outre, les auteurs des encyclopédies fermées peuvent non seulement écrire des erreurs (quel auteur n’en écrit jamais?) mais aussi des analyses ou commentaires orientés, insidieux. On ne citera que le célèbre exemple de l’encyclopédie de Diderot et d’Alembert.

De fait, la révolution de l’internet permet un gigantesque appel d’air qui ne peut que profiter à tout le monde. Et même, loin de baisser le niveau de fiabilité, elle le rehaussera certainement, car tout article est soumis à la correction possible d’un autre savant. Mieux encore, wikipedia a ruiné des entreprises du type “Quid”, qui, elles, étaient truffées d’erreurs grossières. Quand j’étais jeune étudiant, je connaissais des camarades que “Quid” employait à bon marché pour rédiger des articles à la va-vite. En fait ils bâclaient leur travail et personne de la maison Quid ne vérifiait. 

Mais une fois encore, c’est la mentalité bourgeoise qui se manifeste dans le refus de la gratuité. Les savants n’ont pourtant pas toujours gagné de l’argent avec leurs livres, c’est un phénomène récent au regard de l’histoire, ils gagnaient leur vie autrement, par ailleurs. Laissez la liberté souffler, tout le monde y gagnera, peut-être pas en or, mais en culture.

5 Commentaires

  1. Yvon de Poligny — 17 mai 2008 #

    “mentalité bourgeoise” … hum hum …
    Sinon, sur le fond je vous rejoins : il suffit de comparer les définitions données par Larousse et le Robert pour saisir l’orientation de ce dernier, pourtant “simple” dictionnaire. Alors les encyclopédies !
    Pour ma part je consulte souvent Wikipedia, et j’ai pu constater l’irrégulière qualité (et objectivité) de ses articles. Je n’aurai rien contre le fait de consulter aussi d’autres sources, précisément pour recouper les informations données, à la recherche d’une orientation volontaire ou non.
    Que Larousse se lance dans cette démarche me paraît sain pour la qualité de l’information, qui ne PEUT PAS être neutre. C’est pour cela qu’elle doit provenir de sources variées.

  2. Jacobus — 18 mai 2008 #

    “mentalité bourgeoise” : c’est l’aristocrate qui parle…

    Pour moi, Wikipedia est à la science ce que la démocratie est à la société : l’univers de tous les possibles, mais aussi l’univers de l’inachevé permanent, l’inachevé agité.
    L’univers de la générosité (gratuité) mais aussi l’univers de la médiocrité (anonymat). L’univers de l’égalité (tout le monde peut y écrire) mais aussi l’univers de l’inégal (d’un article à l’autre, d’une ligne à l’autre, quels écarts sur la forme comme sur le fond…). L’univers du collectif, mais aussi l’univers de l’individu isolé…

    Et de ces pages que seul un esprit fin, critique et averti peut juger à leur aune, nos enfants s’imprègnent comme du petit lait…

    Et puis, si l’on peut demander à Wikipedia les circonstances de la mort de Charles Quint ou les détails du processus législatif en France, il ne vaut mieux pas lui demander ce que c’est que la philosophie, la politique ou même le droit. Quant à la divinité, le flou est total.

    Alors ? Un outil au service du particulier, mais pas du général, de l’ontologique ? Peut-être alors manque t-il à WP ce qui manque à la démocratie… un Roi. Un roi-philosophe.

    Un contributeur à Wikipedia.

  3. Dies irae — 18 mai 2008 #

    Il y a quelques temps, constatant un vide, j’ai rédigé un article dans le Wiktionaire. Peu après il a été tronqué : la dernière phrase (sur trois) n’était plus en français! Il a fallut plusieurs mois pour que de trois phrases il passe à deux et que ce qui en restait soit simplement la phrase une et la phrase trois de l’article initial. Une information avait évidement disparue.

    C’était un essai, cet article sur un domaine où je ne suis pas spécialiste me servît à savoir si dans ma spécialité je me lancerait. Non!

    Pour ce qui concerne les dictionnaires sans prétention encyclopédique en langue française je n’ai rien trouvé de mieux que le dictionnaire de l’académie française dont sont en ligne les éditions 1, 8 et 9 (partiellement)
    http://artfl.atilf.fr/dictionnaires/ACADEMIE/PREMIERE/premiere.fr.html
    http://atilf.atilf.fr/academie.htm
    http://atilf.atilf.fr/academie9.htm

    (sans compter les numérisations de Google)

    Toutefois, pour ce qui concerne la forme encyclopédique des choses, c’est bien les recherches sur internet qui donnent les meilleurs résultats en commençant par Wikipédia.

    Je prends pour exemple la notion “de premier vol d’avion”. En 2000, l’édition brésilienne de l’Encyclopedia Universalis (la Barsa) donnait dans son histoire de l’aviation: Santos Dumont, l’édition française donnait Clément Ader, et les autres éditions les frères Wright. (A l’époque je possédait la Barsa et l’édition française, j’ai consulté l’édition allemande et l’édition britannique). En quoi peut-on admettre que ces ouvrages puissent servir de référence?
    L’article de Wikipédia est un modèle d’histoire technique… tant en français qu’en anglais, la version en portugais ayant le relent de nationalisme que je décrivait avant.

    En revanche si vous recherchez l’histoire de la physique quantique ou celle de la mécanique quantique (partie principale de la physique quantique) vous tombez sur quelque chose de fort décevant (j’y ai même vu Dirac compté au nombre de physiciens alors qu’il était avant tout mathématicien). Mais si vous lisez les ouvrages les plus reconnus dans ce domaine, il y a incompatibilité entre deux versions de l’histoire:
    Abdus Salam, Heisenberg et Dirac, donnent une version où la forme “bourgeoise” domine, (Unification of fundamental forces, Cambridge University Press, New York 1990). Les auteurs de la forme “rationnelle” ne sont pas de la même force que Abdus Salam, Heisenberg et Dirac, lesquels sont trois des 10 principaux protagonistes de la physique quantique!

    Pourtant, et c’est là que je voulais en venir, ces deux versions dénotent deux visions radicalement différentes du monde. La vision matérialiste, par conséquent intégralement sous l’emprise des passions du matérialisme: l’argent ou l’efficacité (qui sont les deux échelles de cette idéologie à deux facettes), vision qualifiée de “bourgeoise” parce que sans recul ni humilité, est la vision dominante, celle que l’on appelle aujourd’hui la pensée unique. La vision naturelle, qui se sait soumise à TOUTES les passions mais qui tente, avec recul et humilité, d’y échapper avec l’aide de la logique, est celle à laquelle nous aspirons tous.

    Comme illustration voici un résumé de l’histoire de la mécanique quantique autour des deux protagonistes principaux que sont Heisenberg (allemand) et Schrödinger (autrichien). Heisenberg multiplie les expériences et les approximations dont la partie mathématique est l’œuvre de Dirac, multiplie les publications et sa notoriété croît au rythme des subventions. Schrödinger se concentre sur la formalisation du problème, publie très peu et est très peu subventionné. Grâce à la thèse de Louis de Broglie, Schrödinger est en mesure d’écrire l’équation fondamentale de la mécanique quantique, la même année Heisenberg publie la version définitive de ses “relations d’incertitude”. L’apport de Schrödinger est donc la source de ce que l’on peut savoir grâce à cette théorie et celui d’Heisenberg les limites de ce que l’on peut savoir. L’un et l’autre apport sont essentiel au savoir.
    Mais, par la multiplication des publications et donc des subventions, Heisenberg est paré de toutes les vertus “bourgeoises” malgré son épisode nazi, alors que Schrödinger est dédaigné comme peu prolifique, bien qu’il s’en fût en Irlande en 1940.
    Aussi l’histoire “bourgeoise” de cette science met-elle l’accent sur la démarche scientifique (et l’abondance de résultats laquelle y semble plus importante que la force du résultat) et ne cite Schrödinger que pour s’en moquer. Je cite Heisenberg: “Il va sans dire que je n’en parle absolument pas pour critiquer Schrödinger, qui était un physicien de premier ordre, mais…”

    Ce très long commentaire pour argumenter en réponse à “Mentalité bourgeoise” … hum hum … d’Yvon de Poligny

  4. Thierry Levivien — 18 mai 2008 #

    Afin compléter ce débat, je recommande la lecture de l’ouvrage suivant : A. KEEN “Le culte de l’amateur - comment internet détruit la culture”, éditions Scali. Cet expert du Réseau dénonce les effets pervers de la gratuité et de l’égalitarisme qui alimentent un nivellement vers le bas de ce qui devrait être un formidable outil de connaissances. Il regrette que les paroles d’un expert soient mises au même niveau que celles d’un amateur. Par exemple, les commentaires de M.YMA sur l’histoire des idées politiques sont mises au même niveau que ceux d’un bachelier. Or, que l’on soit d’accord ou non avec lesdits commentaires de M. YMA, on ne peut tout de même pas accorder la même caution intellectuelle aux deux commentaires - ce que fait (ou permet) internet, notamment sur les sites d’encyclopédie ou de blogs d’actualités.
    Quant à l’initiative de Larousse, il me semble avoir lu que, dans un premier temps, les articles ne seront pas systématiquement contrôlés. Ce qui laisse une bonne place à la désinformation.

  5. Guise — 18 mai 2008 #

    J’ajouterais un autre problème que peuvent susciter ces encyclopédies en ligne. Si elle sont très pratiques et permettent un accès plus facile à la culture, elles ont tendance paradoxalement à nous en éloigner d’une certaine façon.

    Lorsque l’on recherche par exemple des renseignements sur un personnage historique, on tape son nom sur Google, et on prend moins le temps d’aller feuilleter dans un livre, et de se perdre dans des pages où l’on se plonge par curiosité.

    Ainsi, au lieu de profiter de la rapidité d’accès à toutes les informations possibles et inimaginables pour se cultiver davantage, on risque par fainéantise de se concentrer sur certaines données, et de négliger le superflu, qui permettait toutefois d’acquérir un bagage culturel.

Laissez un commentaire