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Lionel Le Falher est mort

Le peintre Lionel Le Falher est mort. A cinquante et un ans. Méconnu de ses contemporains, maudit par l’idéologie esthétique dominante, il était un représentant de ce que Aude de Kerros appelle « l’art caché », cet art d’aujourd’hui que les institutions culturelles officielles nous privent de connaître.

Comme l’albatros de Baudelaire, que ses trop grandes ailes empêchent de marcher, il souffrait de ce que le monde qui l’entourait ne soit pas à la mesure de son idéal. Il était à la poursuite d’un Graal qui lui aurait apporté le salut par la beauté. Son cœur épuisé l’a trahi.

Je l’avais perdu de vue il y a déjà une vingtaine d’années, parce qu’il ne supportait plus mon jugement. A l’époque où nous nous connaissions, nous étions aussi impatients et entiers l’un que l’autre. Je lui reprochais de ne pas tout donner à son art, de ne pas se sacrifier entièrement. La pauvreté lui faisait peur, il consacrait trop de temps à un métier de restaurateur de tableaux, qui lui apportait un confort appréciable. Il a accepté d’autres compromissions sociales qui n’ont pas suffi à lui apporter la gloire à laquelle il pouvait légitimement prétendre. Et moi je le poussais vers le vide, vers l’azur, vers la beauté intense qui l’appelait. Il me trouvait dur, il croyait même que je le méprisais, quand au contraire c’était mon admiration qui me faisait lui parler ainsi, lors d’interminables soirées passées ensemble qui se prolongeaient fort avant dans la nuit.

Je pense toujours ce que je pensais alors, mais je te demande quand même pardon, Lionel.

Ceux qui l’ont connu prennent cette mort prématurée en pleine face, comme une défaite pour tous ceux qui aujourd’hui combattent pour la beauté, et comme une évidente injustice. La tristesse au cœur, l’amertume aux lèvres, il ne nous reste plus qu’à méditer sur ce destin brisé.

Le voilà donc arrivé au bout de son voyage ici-bas, dans ce monde qu’il rêvait de ré-enchanter. C’était un écorché vif, à la susceptibilité excessive, il se brouillait facilement ; et pourtant je ne connais personne qu’il ait fait souffrir. Et son art, lui, faisait toujours du bien à ceux qui ont eu la chance de l’approcher.

14 Commentaires

  1. Yvon de Poligny — 12 mai 2008 #

    Les images qui accompagnent cet article sont superbes. En effet je ne le connaissais pas, je n’en avais même jamais entendu parler. Un tour sur Wikipedia me montra l’étendue de cet anonymat : il n’y a pas d’article le concernant.
    Merci donc de nous faire connaître quelques unes de ses oeuvres.
    Et puis un bémol à votre peine : ce n’est plus lui qu’il faut plaindre, puisque ses misères terrestres sont finies, mais bien nous qui avons perdu un artiste dont nous ignorions pour la plupart l’existence alors qu’il embellissait notre monde.
    Puisse Dieu nous faire la grâce de susciter toujours des talents qui parfois détruisent ceux qui les portent, malgré notre coupable indifférence. Et qu’Il reçoive dans Sa joie cette âme qui a fini de souffrir parmi nous.

  2. Loutre — 12 mai 2008 #

    Je ne le connaissais pas, et quelques recherches sur Internet me font découvrir l’artiste. C’est étrange, je suis lecteur de fantasy, je retrouve tout à fait dans les quelques images que j’ai trouvées sur la toile les représentations des mondes perdus et enchantés que j’aime imaginer.

  3. Catoneo — 13 mai 2008 #

    Merci pour ce billet de découverte. Les oeuvres choisies parlent d’un peintre hors normes contemporaines et votre présentation toute en finesse les arrache à l’anonymat.

  4. Henri — 14 mai 2008 #

    “Dans ce monde qu’il rêvait de ré-enchanter”…

    Je croyais que le désenchantement du monde datait de Nietsche, voir de Mallarmé comme je l’ai appris ici même plus récemment. Je vous propose un texte de Mme Geneviève Béduneau (une lectrice enthousiaste de l’Histoire des idées politiques … ) qui montre que la réaction de Lionel Le Fahler s’opposait à une démarche bien plus ancienne et qui prendrait source chez Platon … A la lecture de ce texte, je comprends mieux la difficulté dans laquelle se débattent des artistes comme L. Fahler que j’ai eu la chance de rencontrer grâce à vous.

    url: http://reflexsurtempscourants.blogspot.com/
    post: Chrétiens et Paiens 2

  5. Lanceleau — 15 mai 2008 #

    Connaissez-vous l’artiste Raymond DUMOUX ? Je vous conseille son site http://www.viapictura.com présentant son travail… Son oeuvre remarquable comporte notamment un cycle de 35 toiles a tempera de 5 x 3 m intitulé “Pictorama” retraçant l’Histoire du monde et ses représentations selon les différentes cultures, en y intégrant aussi l’aspect mythologique ou même la science-fiction ! C’est une petite partie d’un travail colossal. Il rédige aussi un blog sur son site lui permettant d’aborder des questions liées à l’art.
    Quant à Lionel Le Fahler que je découvre, paix à son âme… Je ne sais si les artistes peuvent sauver le monde, mais assurément ils détiennent les semences pour le grand Jardin d’Eden ! A chacun de les faire croître selon sa mesure…

  6. Pascal LE FALHER — 20 mai 2008 #

    Lionel dispose dorénavant d’un référencement sous Wikipedia. C’est le seul moyen que je trouve aujourd’hui pour le remercier virtuellement des moments de bonheur qu’il nous a fait partager sur le plan familial en nous présentant ses nombreuses oeuvres. Quel dommage que son Art n’ait pas abouti à ce qu’il espérait tant…la reconnaissance. Comme A.Caillaud ou Noury (ses anciens amis) Lionel profitera peut-être d’une petite place à leur côté au musée de Poitiers. Ce serait là lui rendre un bel hommage mais….une nouvelle et dernière fois….ces portes là lui seront-elles ouvertes??

  7. galerie86 — 21 mai 2008 #

    Cet hommage posthume doit bien faire frissonner ce pauvre Lionel Le Falher, lui qui vous classait parmi les imposteurs patentés qu’il avait en horreur : “rimailleur, philosophe d’occasion, écrivain raté, vaniteux…” Il y avait bien peu de monde à son enterrement à Saint-Benoît, le 7 mai. Vous-même, y étiez-vous ? Cette tentative de récupération post-mortem est scandaleuse. Heureusement, le jour où son talent sera reconnu, vous n’y serez pour rien, il ne vous devra rien.

  8. Yves-Marie Adeline — 22 mai 2008 #

    Hé oui, “Galerie 86″, je n’ai été informé de sa mort que le 10 mai, et me suis rendu ce soir-là à St Benoît pour une messe de recueillement avec sa famille.
    J’ai écrit dans mon hommage que nos rapports n’avaient pas toujours été de tout repos! Vous venez nous le confirmer, cher (ère) lecteur (trice), ces noms d’oiseaux étaient bien dans sa veine! Vous m’apprenez en revanche qu’il me lisait, ce qui me fait plaisir, car à l’époque où nous nous sommes perdus de vue, vers 88 (à part un café pris ensemble au hasard d’une rencontre en 99) je n’avais rien publié et j’étais parfaitement inconnu. Il avait un caractère impétueux, et sans doute moi aussi… Bah! l’art vient recoudre ce que nos caractères ont déchiré, ce qui compte c’est la beauté qu’il a laissée.

  9. Yves-Marie Adeline — 22 mai 2008 #

    Pour le commentaire touchant de Pascal Le Falher (frère du peintre) qui évoque Aristide Caillaud, j’ai une anecdote douce-amère. Nous étions allés le voir ensemble, à l’époque où une exposition chez Vanuxem avait consacré ce petit-maître (dans le genre naïf). En regardant les photos de quelques oeuvres de Lionel, il disait: “Ah! tu peins beaucoup mieux que moi!” Nous étions bien d’accord, mais nous n’osions le dire, puisque lui était célèbre, et Lionel galérait… Nous avons attendu tout l’après-midi qu’Aristide Caillaud propose une ouverture: quelque chose, une aide, mais non, il se contenait de parler de lui, de se raconter… Toutes les demi-heures, il évoquait le souvenir de son copain Giacometti dont il ne retrouvait jamais le nom (il avait plus de 80 ans) : “Comment s’appelle-t-il, déjà, celui qui a un château en Provence, le sculpteur…” et Lionel, à chaque fois, le lui rappelait, faisant un gros effort pour garder son calme… On se doute d’ailleurs que Giacometti n’était pas son genre! Le pauvre était sur les charbons ardents!
    En revenant chez lui, on a passé la soirée ensemble à descendre une bouteille en faisant des mimiques pour singer le vieux barbon: il ne restait plus qu’à en rire, puisqu’il valait mieux cela que pleurer!… Mais on revenait toujours à la case Départ: c’est cela, un artiste maudit.

  10. phifie769 — 29 août 2008 #

    personellement en peinture je suis plutôt bien callée j’expose 2 à 3 fois par ans et franchement je suis très touchée par ces oeuvres…

  11. BERT SYLVAIN — 31 décembre 2008 #

    LIONEL etait un tres bon ami .Nous avions une passion commune :les chateaux et en particulier celui de BONNIVET .je pense souvent a lui .j’ai chez moi 2 choses qu’il m’a offert : une sculpture et un dessin au fusain que je garde precieusement en sa memoire.J’etais a son enterrement nous etions une petite vingtaine mais peu importe le nombre ,les personnes presente l’aimait.je pense aussi a sa maman qui est une personne exeptionnelle .Merci a ceux qui ont aimé LIONEL .

    BERT SYLVAIN

  12. BERT — 13 février 2009 #

    LIONEL EST MORT LE 4 MAI LE JOUR DE LA SAINT SYLVAIN….SALUT MON POTE JE PENSE TRES FORT A TOI

    BERT SYLVAIN

  13. BRUN — 7 février 2010 #

    J’ai très bien connu Lionel à l’université de droit en 1979 où nos étions étudiants. Nous avons passé de très bons moments d’amitié ensemble. Je connaissais à l’époque son talent d’artiste (dessins à l’encre, au fusain, …). J’ai le souvenir de belle soirées d’étudiants à Morthemer et de bien d’autres occasions.
    On s’est malheusement perdu de vue à partir de 1980.
    J’avais appris en 1997, 1998 (?) qu’il exposait ses oeuvres dans un château près de Gençay. J’y suis allé avec l’espoir de le revoir. Il était absent ce jour là mais j’avais laissé un message sur le livre d’or le félicitant pour son travail remarquable.
    J’ai appris tout dernièrement son décès.
    J’en suis boulversé ainsi qu’un autre ami commun qui l’avait connu dans les mêmes circonstances.
    Je dis bravo l’artiste et ce message: ne laissons pas tarrir une amitié, la vie est si courte. Il faudrait pouvoir remonter le temps.

  14. bert — 8 mai 2010 #

    Juste une petite pensée pout toi mon ami…

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