Yves-Marie Adeline / 175 Articles / 403 Commentaires / Articles RSS / Commentaires RSS


L’Oeuvre éphémère de De Gaulle

Impossible évidemment de laisser passer un 18 juin sans évoquer le détricotage de l’oeuvre institutionnelle de De Gaulle… par ceux-là mêmes qui se réclament de son héritage. Mais après tout, on n’est jamais trahi que par les siens.

En fait, l’idée de l’Homme du 18 juin était de donner à la République un chef d’Etat, qui est une figure royale, composant avec un chef de gouvernement issu de la majorité parlementaire, qui est une figure démocratique; le mélange des deux étant le propre d’une monarchie constitutionnelle.

L’analyse pouvait suffire à démontrer que cette ambition était impossible en république, faute de disposer d’une famille royale, car, inévitablement, après lui, le président redeviendrait un simple chef de majorité, même en prétendant être “le président de tous les Français”. Après sa mort, son “dauphin” (on utilisait alors le mot, ce qui en dit long) Pompidou tenait sa légitimité d’avoir été son bras droit. Mais on a senti un changement dès 1974: Giscard était le chef d’une courte moitié de la France, un peu plus de 50%. Mitterrand faisait triompher “le peuple de gauche” en 1981; la carrière erratique de Chirac était au moins supposée porter les espoirs de la droite, et aujourd’hui Sarkozy, prenant acte de ce que tout cela était forcément une farce en république, se présente d’emblée comme un chef d’une majorité de gouvernement, ce qui inévitablement contraint le premier ministre à disparaître.

Nos parents ont donc vécu l’époque de De Gaulle, avec ses déchirements et ses succès, ses ombres et ses lumières, ses souffrances et ses espérances, tout cela en vain: bientôt il n’en restera plus que le souvenir de sacrifices consentis à l’éphémère.

1 Commentaire

  1. Yvon de Poligny — 19 juin 2008 #

    Rien n’est éternel en ce bas monde, vous le savez bien …
    Votre analyse est juste, c’est bien le premier ministre qui pâtit du changement, les Français étant attachés au symbolisme du chef suprême élu. Même si le pouvoir réel du chef de notre Etat est faible, et apparemment voué à décroître encore, cela durera certainement longtemps encore. Dans le même temps, les Français exigent aussi que la République traduise de temps en temps sa propagande en actes, et ils ont bien lu “égalité” écrit un peu partout : ils réclament quelques abandons.
    En fait partie le renoncement à l’exercice du droit de grâce, c’est à dire d’une part de l’absolutisme présidentiel, le chef de l’Etat ayant cette curieuse capacité de rayer d’un trait de plume des décisions de justice, d’autant qu’il est au-dessus de toute action de la justice.
    Le 14 juillet comme symbole, quelle farce !

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