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Méditation sur la rime

Je voudrais attirer votre attention sur une problème touchant à la rime. voici la fin du sonnet de Baudelaire sur les “correspondances”:

“… Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
- Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l’expansion des choses infinies,
Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.”

Or, si vous lisez le poème à haute voix, vous entendez bien que “encens” et “sens” ne riment pas du tout. Ce n’est qu’une rime visuelle, si l’on veut. La question est de savoir si cette rime visuelle est légitime: de mon point de vue, elle ne l’est pas. Notre cher grand maître Baudelaire ne me tiendra pas rigueur de ce post, je l’espère.

8 Commentaires

  1. Slavkov — 4 avril 2008 #

    Bien vu.

    Je suppose que ce genre d’anomalie n’est pas unique et je promets de signaler si j’en repère d’autres dans de “vraies” poésies car nous savons les rimes des chanteurs (que mon dernier professeur de français - en classe de première - nous avait désigné comme les poètes modernes…) fréquemment bancales.

  2. gersh — 4 avril 2008 #

    peut etre est ce une indication sur la prononciation de ces mots en ce temps la.
    il pouvait dire encensSE ou Sen. (je pencherai pour encensSE)

  3. Yves-Marie Adeline — 4 avril 2008 #

    Je vous donne un autre exemple, tiré d’Yves de la Mardière (mort en 1918 au champ d’honneur, son nom est gravé au Panthéon):

    “J’ai dépouillé les bois de la blanche anémone
    Et j’ai fait du muguet frisonner les grelots
    Et de toutes ces fleurs je tresse une couronne
    Que je pose à vos pieds, ému, les yeux mi-clos”

    “Anémone” rime-t-il avec “couronne”? En prononçant à la provençale, peut-être…

  4. fromageplus — 4 avril 2008 #

    J’ai entendu rimer “Encens” avec “Transcendance” dans le magnifique poème musical “Guadalquivir” de Brigitte Fontaine. C’est une licence poétique, donc. Ma foi, si le tour est joli, c’est une douce coquetterie !

    “Anémone” rime bien avec “Couronne” ! On n’écrit pas “Anémône” comme on écrit “Aumône”. “Anémone” rime avec “Sonne”, avec “Ânonne”, avec “Crémone” ou “Simone”…

  5. Paul ANDREU — 4 avril 2008 #

    Et bien, pour moi qui suis méridional, la rime est bien présente … dans les deux exemple que vous avez donné.

  6. vlrlpg — 5 avril 2008 #

    Les poèsies qui vous restent le plus fidèlement en mémoire sont souvent celles apprises à l’école.
    Que l’on songe aux célébrissimes fables de La Fontaine. Un autre fabubiste, moins connu et plus tardif, nous a également laissé un florilège digne d’intérêt : Jean-Pierre-Claris de FLORIAN (1755-1794), petit-neveu de VOLTAIRE.
    Voici une rime pouvant également prêter à discussion, tirée de la Fable X intitulée LE CHEVAL ET LE POULAIN :

    Un bon père cheval, veuf, et n’ayant qu’un fils
    L’élevait dans un pâturage
    Où les eaux, les fleurs et l’ombrage
    Présentaient à la fois tous les biens réunis

    Comment prononçait-on “fils” à l’époque ?

  7. Yvon de Poligny — 5 avril 2008 #

    J’avais remarqué des bizarreries similaires dans des écrits d’un de mes ancêtres autour de 1800.
    Licence poétique, prononciation différente, les deux sont une part de vérité. Plus la pratique de la rime “approximative”, ne l’oublions pas !

  8. Catoneo — 5 avril 2008 #

    Licence flagrante (2 fois) d’un célèbre constantinopolitain, mais qui ne me gêne pas :

    Mais, ô bois, ô ruisseaux, ô monts, ô durs cailloux,
    Quels doux frémissements vous agitèrent tous,
    Quand bientôt à Lemnos, sur l’enclume divine,
    Il forgeait cette trame irrésistible et fine
    Autant que d’Arachné les pièges inconnus,
    Et dans ce fer mobile emprisonnait Vénus !
    (André Chénier, l’Aveugle)

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