Danièle Sallenave vient de publier : “Nous, on n’aime pas lire”, une enquête réalisée auprès de collégiens.
Je ne sais pas ce qu’il faut en penser pour le secondaire, mais dans l’enseignement supérieur, je constate que la grande majorité des étudiants ont été dégoûtés de lire pendant leur scolarisation au lycée. Pendant trois ans, en seconde, première et terminale, les centres d’éducation nationale les ont forcés à lire et relire toujours les mêmes auteurs: Rousseau, Diderot, Montesquieu, Voltaire; en long, en large, et finalement en travers. Ils ont fini par croire que la littérature, c’était seulement ces auteurs, et comme de toutes façons ils les ont lus, ils estiment avoir tout lu, puisque l’Education nationale circonscrit la littérature française à ces seuls auteurs des “Lumières”. Comment concevraient-ils l’idée de lire autre chose?
J’exagère: ils peuvent avoir lu d’autres auteurs. en poésie, à part Baudelaire, miraculeusement préservé probablement en raison de son côté sulfureux, le grand auteur auquel ils ont accès est Prévert, qui les persuade que la poésie, ce peut n’être que cela, des calembours, dont ils ne savent pas ce qu’en disait Hugo: la fiente de l’esprit en vol.
Bref, ils n’aiment pas lire, parce qu’on leur donne rarement de grandes choses à lire. Ils n’ont donc que tiédeur pour la littérature.
J’ai découvert un jour un sujet d’épreuve de français au bac: quatre textes de Jaucourt, Diderot, Voltaire et Rousseau. L’épreuve se divisait en deux: faire la synthèse de ces quatre textes, exercice difficile, noté sur… 4 points ; et écrire un texte contre l’esclavage, exercice bidon noté sur … 16 points!
Mais naturellement, ce que j’écris là ne peut pas être écrit par Danièle Sallenave, sans quoi on ne parlerait pas de son livre à la télévision.
C’est triste et d’un commun affligeant.. Je lis des choses qui font voyager en ce moment, je n’aurais jamais eu l’idée de plonger mon nez là dedans dans d’autres circonstances.
En première Littéraire soi disant, nous ne voyons que les auteurs que vous citez ci-dessus, ou quasi, et ceci même à l’Ux…pour débiter du par coeur incompris ou de l’interprétation foireuse aux oraux du bac.
Je ne parle pas du collège, on nous y fait étudier du Christian Jacq…
Mon modeste témoignage :
J’ai passé le bac (S) en 98, la bac de français en 97.
J’étais, à cette époque, assez dégoûté de la lecture. Comme dit dans l’article, toujours les mêmes.
Les seuls auteurs du XXème siècle que j’ai lus dans ma scolarité sont Malraux (l’Espoir), et Camus (La Peste). Peut-être quelques textes choisis ça et là, mais je ne m’en souviens plus. Ah ! et un bouquin d’un obscur auteur espagnol à propos d’homosexualité et d’inceste entre frères, avec en toile de fond le rejet d’un catholicisme ultra-présent, étouffant et conservateur. Impossible de retrouver le titre et l’auteur…
Après, il y a les auteurs récurrents : Molière tout le long du collège, et seulement au collège, Hugo, Zola, Balzac, Musset.
Je ne dis pas que ces auteurs n’étaient pas intéressants, mais aucun ne m’a passionné. Alors j’ai arrêté la lecture, que les études scientifiques n’encouragent pas particulièrement.
J’ai redécouvert une lecture plus intensive il y a seulement 2-3 ans. D’abord avec de la Fantasy. Brusquement, j’ai lu tout Howard, Tolkien, Lovecraft, Lewis. Puis j’ai lu Jules Verne, au moins une dizaine d’oeuvres. Puis quasiment tout Raspail. Je pense me mettre à Soljenitsyne bientôt. Je me passionne pour des auteurs et leur univers, pas vraiment pour tel ou tel bouquin.
Peut-être est-ce l’âge qui fait que je m’intéresse de plus en plus pour la lecture, mais vraiment je regrette de ne pas avoir connu ces auteurs plus tôt, à l’école.
Ce que j’observe : les lectures à l’école ne font pas “rêver” les élèves. Pourtant, le rêve est bien la seule accroche que je connais de la littérature. La sémantique, les figures de style, les idées sous-jacentes, ça s’apprécie après. Pas étonnant qu’Harry Potter connaisse un tel succès ! dommage qu’il y manque le style… C’est bien de lire tous les auteurs classiques, mais c’est un peu violent pour la pauvre jeunesse overdosée d’écrans et de sms ; il faut l’amadouer.
Le résultat est affligeant : dans un milieu d’ingénieurs informaticiens, je suis désespéré de trouver trois fautes par phrases dans le moindre mail ou document. Et aucun d’eux ne lit régulièrement.
Loutre, j’ai passé le même Bac que vous la même année et je suis dans le même milieu professionnel.
En outre, j’ai beaucoup plus de temps pour la lecture depuis quelques années (fin de la vie universitaire). Je lis en ce moment le “Livre noir de la Révolution française”, très instructif.
Vous avez parfaitement raison dans votre commentaire, ainsi qu’YMA dan votre article : cependant, il ne faut pas compter sur l’Education Nationale pour faire lire à ses adeptes l’intégrale de Brasillach ou de Céline.
Cependant, il reste heureusement des écoles privées hors contrat, notamment celles de la FSSPX. Et il est toujours possible de lire par soi-même.
Prions Dieu pour qu’il donne à notre pays une élite ayant le goût de la vraie culture.
Bof ! Lisez Homère, c’est le meilleur best-seller que je n’ai jamais lu.
Virgile aussi - bon il a essayé de l’imiter en plus fade - mais ça vaut quand même le coup…(Essayez l’édition bilingue, c’est plus musical) . Il y a Platon aussi, malgré que Socrate en devienne irritant à vouloir toujours avoir raison…. contre la démocratie athénienne – on comprend mieux ainsi pourquoi les Grecs ont fin par lui proposer de boire la Ciguë.
Ensuite il y a Shakespeare (de préférence dans le texte, ça sonne mieux et gagne en portée, c’est plein d’humour et croustillant) et politiquement on est à bonne école.
Et puis Goethe, vous atteindrez avec lui des sommets d’où il vous sera difficile de descendre. Comme en alpinisme, le plus dangereux c’est la descente. Si vous êtes courageux continuez avec Nietzsche, mais arrêtez si vous vous apercevez qu’il finit par vous faire perdre la boule (c’est arrivé à beaucoup de ses lecteurs). (Albert Camus, très français, lui rend d’ailleurs hommage et ce dernier est plus accessible et plus raisonnable)
Toujours dans la même veine allemande, en plus moderne, il y a Jünger (Sur les falaises de marbre et Héliopolis - dans lequel il a inventé le téléphone portable – c’est facile à lire et vibrant).
Lisez les confessions de l’ineffable Chateaubriand avant d’attaquer Joseph de Maistre, vous comprendrez mieux Napoléon.
Si vous êtes dysorthographiques, comme la plupart de nos collégiens, consolez-vous avec les éditions originales de Rousseau (c’est bourré de fautes d’orthographe et de grammaire).
Si vous préférez l’histoire de France, tournez-vous vers Jacques Bainville, cela se lit comme du roman.
Mais n’oubliez surtout pas « L’éloge de la folie » cette farce d’écolier que nous a transmis Erasme. On ne s’ennuie pas avec lui.
Si vous aimez les voyages lisez le Journal de bord de Christophe Colomb, mais aussi le Voyage dans les îles du RPP Jean-Baptiste Labat (ça grouille d’histoire de flibuste).
Vous pouvez aussi lire l’histoire de la philosophie Islamiste de Jean Corbin, bien q’un peu ardu - il s’agit plus d’une histoire des philosophes soufis.., et plus facile et plus clair, le Paradoxe du monothéisme du même auteur, cela permet de mieux comprendre la controverse actuelle avec les musulmans, et la voie échappatoire du soufisme vis à vis de la Charia. Vous verrez, vous finirez par vous poser des questions sur le concile de Nicée et par prendre parti pour les Archanges Gabriel et Saint-Michel .Bon, le bûcher n’existe plus. Pour la controverse, le mieux c’est de s’adresser directement à Saint Athanase.
Si vous voulez faire preuve de conscience professionnelle, lisez Sartre, c’est absolument ennuyeux, mais vous finirez, avec un peu d’effort et de culture, par le trouver rigolo dans son existentialisme qui frise le nihilisme.
N’oubliez pas aussi Antigone de Sophocle. C’est une base pour commencer en politique.
Allez, un petit effort et lisez une histoire de la Grèce Antique, vous comprendrez mieux notre monde actuel. Il y a celle de Duruy. Elle a un peu vieilli, mais reste intéressante.
Si vous vous sentez malheureux lisez le manuel d’Epictète, et encore plus malheureux et persécutés, la consolation de la philosophie du doux Boèce (écrit dans sa prison avant son exécution), curieux et charmant mélange de catholicisme et de réminiscences de la mythologie et de la pensée grecque qui annonçait la scolastique par sa connaissance d’Aristote.
Si vous êtes un amoureux déçu, lisez aussi le merveilleux livre de l’Ami et de l’Aimée de Raymond Lulle.
Pour Chateaubriand, bien entendu, il s’agit des Mémoire d’outre-tombe et non des confessions. Veuillez m’excuser.
Toujours un peu les mêmes auteurs… mais il arrive qu’on y prenne plaisir après, libérés de la contrainte scolaire. C’est ce qui m’est arrivé, en particulier avec “Jacques le fataliste et son maître” de Diderot. A côté de cela, cela fait plus de vingt ans que je lis des bouquins sans discontinuer, de l’actu et des classiques, de gauche et de droite, de tout et de rien. Même Yves-Marie Adeline…
L’école corruptrice, l’école productrice de savoirs inutiles … Yves Marie Adeline peut être parfois un bon exégète de Rousseau …
Plus sérieusement, un petit fait divers vient vous donner raison. Les pandores ont mis la main sur un père qui a soustrait ses enfants à leur mère, à l’école obligatoire, aux ordinateurs, au JT de 20H, à l’abonnement à Télérama, à l’eau courante, au gaz à tous les étages pour les élever seul dans une vallée perchée de l’Ariège en compagnie de quelques autres hippies déconnectés du monde moderne et des allocations. Rassurez vous bonnes gens, le père est passé par la case prison pour de tels outrages à nos institutions. Mais ce qui est le plus étonnant, pour les auditeurs qui ont entendu le témoignage des enfants Fortin à la radio, est ce qu’ils ont pu entendre: Non pas les barbarismes de 2 mowgli sortis de la jungle mais deux jeunes hommes qui savaient démonter les questions tordues (du style ‘tu préfères ton papa ou ta maman?’, je force à peine le trait), répondre aux journalistes avec une grande liberté d’esprit et un sens moral évident. Lorsqu’on l’on apprend qu’en plus de savoir se débrouiller devant un micro (et probablement lire du YMA), ces deux loustics savent élever des lapins, des poulets, faire pouliner une jument, refaire une charpente, faire du miel et cultiver des légumes, on se dit que c’est fou le nombre de choses que l’on peu apprendre lorsque l’on est dispensé par son père d’apprendre du Prévert !
@Henri: à l’époque où j’étais au cycle d’orientation (12-15 ans), les bâtiments de l’établissement que je fréquentais étaient trop petits, ce qui a obligé l’école à installer une ou deux classes de sections préprofessionnelles dans une ferme encore exploitée. Des élèves (pas moi, hélas) ont donc eu l’occasion de participer à de très pratiques séances de vêlage, en plus des cours - cela se passait au début des années 1990. A présent, tout le monde est regroupé dans des bâtiments sans âme, bas de plafond, et dont l’ardoise des murs vieillit trop vite… Quant à la ferme, elle a disparu.