Yves-Marie Adeline / 175 Articles / 403 Commentaires / Articles RSS / Commentaires RSS


Nouvel hommage à Le Falher

Né à Caen le 28 février 1957, d’une famille bretonne comme son nom l’indique, Lionel Le Falher fut encouragé à peindre par son père, un banquier dont la mort au sortir de son adolescence l’affecta profondément et réduisit le train de vie de sa famille. Amateur de ce que la vie offre de plus plaisant, et notamment des femmes que son art magnifiait, il ne se maria pourtant jamais et resta auprès de sa mère veuve. Révélant des dons exceptionnels, il n’a jamais suivi aucun cours de dessin ni de peinture! Seulement des cours de restauration de tableaux, pour réussir dans un métier qui le ferait vivre, et qui lui était nécessaire, puisque son art personnel ne lui rapportait quasiment rien. D’où la frustration que l’on éprouve aujourd’hui devant cette œuvre si talentueuse que ses amis auraient voulu plus abondante.

Représentant flamboyant de “l’art caché”, il reçut cependant en 1997 un hommage fugitif de l’Institut de France pour son oeuvre Délires et délices , que l’académicien Arnaud d’Hauterives avait remarquée au Salon des artistes français; une toile où il reproduit au fond d’autres toiles de maîtres, notamment le Sardanapale de Delacroix, et où des nus sur un canapé voisinent avec des fruits et des chiens lilliputiens, au-dessus d’une coupe d’un bleu extraordinaire: toute l’oeuvre offre un jeu magnifique de différentes nuances de bleus et de rouges.

On le voit ici à la droite de cet académicien le soir où, ayant passé sous le Dôme du Quai Conti entre les tambours de la Garde, il reçut le prix Gustave Courtois. Ironie de l’histoire de l’art: il est probable que, ce soir-là, en parfait inconnu monté de sa province, Le Falher se soit senti honoré de poser à côté d’Arnaud d’Hauterives, mais il est plus probable encore que dans l’avenir, la famille d’Hauterives se sentira honorée de ce que son académicien ait su remarquer Le Falher… C’est ainsi que vont les choses depuis le XIXe siècle.

Cet éphémère hommage resta sans suite, et Le Falher dut continuer à peindre dans l’indifférence institutionnelle, tout en suscitant l’admiration de ceux qui avaient la chance de tomber sur ses oeuvres. Quelques rares expositions l’ont fait connaître d’un maigre public, encore que, sur la fin de sa vie, il reçut des invitations à exposer très loin, jusqu’à l’étranger, mais sans qu’on ne lui propose aucun défraiement…

S’étant offert un charmant petit pavillon Napoléon III à Saint-Benoît, dans la banlieue chic de Poitiers, il y est mort le 4 mai dernier sans que la plupart des habitants de cette bourgade aient jamais su que leur petite ville hébergeait un grand peintre. Un quotidien du cru, Centre-Presse, a publié en une petite colonne une mince nécrologie sans photographie, du même genre que celle qui signala la mort d’Apollinaire en 1918 : on croit revivre, avec cette disparition prématurée, les mêmes coups du sort, les mêmes injustices, la même malédiction qui pèse sur un trop grand nombre de grands créateurs.

2 Commentaires

  1. . — 20 mai 2008 #

    Je suis émue.

  2. BERT — 16 février 2009 #

    lionel mon amis je pense tres fort a toi R.I.P

Laissez un commentaire