En regardant le film d’animation intitulé Persépolis, je me suis dit que, décidément, il est facile de manipuler les gens. C’est une oeuvre plastiquement réussie, aux dialogues plaisants, qui raconte la révolution islamique iranienne et ses suites. Mais le récit souffre tès vite d’un manque, d’un vide, comme s’il avait été coupé ou censuré. En effet, l’auteur est communiste, et présente le renversement du roi en 1978 comme une bonne nouvelle, un admirable soulèvement populaire comparable à octobre 1917 (qui d’ailleurs fut un coup d’Etat et non une révolution, mais c’est encore un autre mensonge d’une autre histoire). Et puis d’un seul coup, par le frottement d’une lampe magique, le pays est islamiste, comme ça, du jour au lendemain. Celui qui est trop jeune pour se souvenir de ces événements se demande ce qui a bien pu se passer. Le plus extraordinaire est que non seulement le visage de Khomeyni n’est pas montré, mis son nom même n’est pas cité! Imaginez un récit de la révolution bolchevique sans que l’on ne mentionne seulement le nom de Lénine! Pour ceux qui ont suivi ces événements, cela produit le même effet. Car ils se souviennnent (la télévision française, que dis-je, toutes les télévisions du monde en parlaient sans arrêt) que toute cette funeste révolution de 1978 a été organisée et dictée depuis la France, à Neauphle-le-château précisément, où notre République avait eu l’idée stupide d’accueillir ce fanatique et de lui laisser toute latitude de guider sa révolution.
C’est qu’en vérité, l’auteur ne veut pas avouer que les communistes ont participé à la révolution de Khomeiny, et ont été ensuite les dindons de la farce, se faisant réprimer à leur tour. Le mensonge (ici, par omission) est décidément une seconde nature chez les communistes, aliénés par leur idéologie. Il y a tout de même une vérité rappelée dans ce film (par ailleurs, je le répète, très plaisant) : sous le roi, il y avait 3.000 prisonniers politiques, ce qui, à l’époque de la Guerre froide et avec 2000 kilomètres de frontière commune avec l’URSS, pouvait se concevoir. Avec la révolution, ce sont 300.000 prisonniers politiques qui croupissaient dans les geôles iraniennes. Et cette histoire continue.
Enfin, en tout cas, au moins en France, à l’école comme dans la “culture”, le communisme n’est pas mort.
“En France (…) le communisme n’est pas mort” : hélas ! cent fois hélas ! Que ne sommes nous libérés de cette stupidité !
J’ai entendu récemment à la radio un économiste qui soulignait qu’on ne compte que deux pays au monde dans lesquels les bienfaits de l’économie de marché sont officiellement mis en cause : la France et … la Corée du Nord ! Appréciation un peu hâtive, car je doute qu’à Cuba, ou en d’autres charmants lieux d’épanouissement du paradis prolétarien, règne une autre ambiance politique, mais bon … le rapprochement vaut quand même.
Le problème serait moins aigu si l’idéologie républicaine n’était pas profondément liée à celle communiste. Ou plus exactement l’inverse, le communisme étant un descendant de ce suicide français. A cause de cela, s’il y a bien une chose qui ne risque pas de se perdre en France, c’est l’habitude de défendre idéologiquement toutes les révolutions “populaires”, même (surtout ?) si elles portent en germe des dictatures communistes. Puis, de la défense idéologique, on glisse aisément à l’aide concrète …
Voyez comment notre belle gauche démocrate et droit-de-l’hommiste prend parti dans les difficultés sino-tibétaines, soutenant la légitimité des exactions chinoises contre un régime “archaïque, monarchique, religieux et obscurantiste”. Edifiant de mauvaise foi, non ?
Tout “bon” républicain se doit de soutenir un peuple qui “se révolte” contre le “joug” d’une monarchie, même si cela l’envoie à sa perte … et au goulag. Question de principe !