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Un articulet “inédit” de Rimbaud

On a donc retrouvé un articulet rédigé dans une feuille de chou de Charleville par le jeune Rimbaud, et la grande presse en fait des tonnes là-dessus. Il n’y a quand même pas de quoi monter au rideau, nous préfèrerions tous qu’elle sache reconnaître les grands auteurs d’aujourd’hui, au lieu de voler au secours de la victoire, tandis qu’elle est aussi aveugle à présent qu’elle l’était à l’époque d’Arthur…

Il m’est arrivé en revanche d’avoir entre les mains un exemplaire d’époque de Parallèlement, de Verlaine, et ça, c’était émouvant: édité à compte d’auteur, bien sûr, imprimé à Orléans, si ma mémoire est bonne, avec beaucoup de coquilles que le pauvre Verlaine avait corrigées d’une plume très fine… Je l’ai rendu à son propriétaire collectionneur, c’était vraiment prenant…

8 Commentaires

  1. Henri — 22 mai 2008 #

    Attention à cette découverte … je ne serais pas étonné d’apprendre dans quelques jours qu’il s’agissait d’un canular. On trouve le texte intitulé ‘rève de Bismark’ ça et là sur le net, lisez le et vérifiez si le vocabulaire du texte est vraiment rimbaldien. Je n’ai pas votre culture poétique mais personnellement, je doute. Finalement, toute cette histoire me rappelle une nouvelle de David Lodge ‘La chute du British Museum’. Wait and see

  2. Henri — 22 mai 2008 #

    En relisant mon post précédent, je me rends compte que si mon doute pouvait être partagé par quelques docteurs en littérature férus d’analyse statistique du vocabulaire, nous retomberions dans une autre nouvelle de D. Lodge: “Un tout petit monde”. Je n’ai donc plus de doute, c’est Lodge qui est l’auteur de ce canular !

  3. Raphaël Zacharie de Izarra — 24 mai 2008 #

    APRES VERIFICATIONS ET CONFIRMATION, L’INEDIT DE RIMBAUD ETAIT BIEN UN FAUX !

    Un premier article suspect mais assez intriguant (reproduit ci-après) était apparu sur le NET à l’annonce de la découverte d’un texte inédit de Rimbaud :

    L’auteur d’un des coups montés les plus audacieux de ces dernières décennies s’est manifesté sous le nom d’emprunt “Jean Daube Rit” (presque anagramme douteux du pseudonyme adopté par le jeune Rimbaud lui-même “Jean Baudry”). De source indiscutable, l’imposture a été prouvée auprès d’un certain journaliste parisien collaborant à la rédaction d’une célèbre revue littéraire (et qui a préféré -on le comprend- garder l’anonymat). Le faux a été effectué grâce à la recomposition frauduleuse d’archives anciennes à l’aide de vieilles feuilles vierges (authentiques celles-là) ajoutées à la revue en question qui aurait été ensuite “retrouvée” chez un bouquiniste de Charleville-Mézières. Affaire à suivre…Piégé comme les autres, Nabe hier soir dans l’émission de Taddéi sur France 3 (le 19 mai 2008) a pour la première fois lu ce faux à l’adresse de millions de crédules !

    Cet article publié sur plusieurs sites officiels était demeuré anonyme. Puis dans un second temps le falsificateur -ou prétendu tel- s’est dévoilé dans les termes suivants à travers un autre article, dûment signé cette fois :

    Voilà : je suis l’auteur de cette imposture qui est en train de prendre des proportions énormes. J’en frémis d’horreur. Et d’aise. Je n’en suis pas à mon coup d’essai il est vrai : j’avais déjà fabriqué des faux documents littéraires à propos de Maupassant et de Hugo, pour ne parler que des plaisanteries un peu consistantes (publiées sur support papier “authentique”, donc)… Bien entendu mes potacheries n’avaient jamais marché, du moins pas au point de déranger les cercles officiels. Jusqu’à ce que je m’essaye à un “faux Rimbaud”. Cette fois la supercherie a été prise au sérieux, trop. Beaucoup trop, à hauteur inconsidérée de la folie furieuse des médias souvent prompts à s’emballer à la moindre alarme littéraire !

    Les seuls responsables sont les “spécialistes” crédules relayés par les journalistes pressés de vendre de l’information et non l’auteur de cette malicieuse falsification. Je ne me considère pas comme un faussaire au sens judiciaire du terme mais comme un aimable gredin qui a ouvert sa cage à plumes que le vent médiatique a emporté plus haut que prévu. La blague sera de toute façon utile : elle permettra de remettre les pendules à l’heure chez les prétendus spécialistes de Rimbaud.

    Pour la partie strictement littéraire la rédaction du texte “à la Rimbaud” fut l’étape la plus facile et la plus plaisante de l’entreprise. Un peu plus complexe -mais à la portée de tout bon faussaire un peu habile- fut de confectionner un faux matériel sur vieux papier. Le faire entrer ensuite dans un circuit classique afin de lui donner la “patine onirique” nécessaire à sa crédibilité (grenier de particulier, bouquiniste, antiquaires) à travers un protocole plausible ne demande pas une grande imagination, au contraire ! Découvert par un cinéaste sur les traces de Rimbaud (comme le hasard fait bien les choses, n’est-ce pas ?) le document fut fatalement récupéré “dans les règles de l’art”. La presse n’avait plus qu’à prendre le relais.

    Et voilà comment un gentil farceur se retrouve avec une méchante affaire sur les bras !

    Raphaël Zacharie de Izarra
    raphael.de-izarra@wanadoo.fr
    2, Escalier de la Grande Poterne
    72000 Le Mans France
    Téléphone : 02 43 80 42 98
    Freebox : 08 70 35 86 22

  4. Henri — 26 mai 2008 #

    A M. Raphaël Zacharie de Izarra,

    Monsieur, je suis presque aussi sceptique au sujet de votre post que je l’étais au sujet de la trouvaille rimbaldienne.
    En effet, de deux choses l’une:
    - Vous n’êtes pas l’auteur de l’imposture ou tout simplement, il n’y a pas d’imposture et votre post est une farce,
    - Ou alors vous êtes véritablement l’auteur du rêve de Bismark, (ce que j’aimerai à croire) et vous devriez nous faire part du début d’une preuve de votre implication dans le circuit de cette découverte pour que nous puissions vous donner quelque crédit.

    D’ici là, je garde Lodge comme principal accusé !

  5. milo batie — 29 mai 2008 #

    Allons…C’est un texte agréable non? Quoi que fortement démodé car Bismarck plus personne ne le connais, je croyais quant à moi que c’était un cuirassé nazi coulé par les Anglais. “Fallais pas révasser”dit le voyant, ça alors c’est bien étrange, j’espère que ce n’est pas ce que l’on retiendra de Rimbaud, le monde de la poésie étant par définition l’endroit du réve. Ce qui est surprenant c’est que Rimbaud n’est toujours pas compris et qu’il déchaine les passions; on se crorait dans une science fiction, c’est surréaliste.
    Les biographes trés savants devraient aller faire un tour à Londres ou à Bruxelles pour s’enivrer et jouir de la décadence. Ronger jusqu’à l’os l’oeuvre Rimbaldienne ne donne aucune cléf de compréhension tant que l’on est pas dans la misère, le froid et l’amour fou.
    N’importe quel punk de quartier est plus proche de Rimbaud que tous ses biographes réunis. Néanmoins, tous ces messieurs ont l’air tellement passionnés que l’on ne peut que les aimer.
    Un véritable inédit de Rimbaud devrait révolutionner la planéte, apporter un changement radical, si tel n’est pas le cas, alors cette découverte est vaguement amusante, elle permettra sans doute de rééditer tout un tas de livres et enrichir des éditeurs. Ainsi soit-il, c’est toujours un plaisir d’entendre parler des artistes, il se trouve que ce “réve de Bismarck” ne nous dit pas grand chose si ce n’est que lorsque Rimbaud n’était pas encore génial, il se cachait sous un pseudonyme…

  6. Henri — 30 mai 2008 #

    A Milo Batie,

    Plutôt d’accord avec vous, mais lorsque vous dites que “le Rimbaud du rêve de Bismark n’était pas encore génial” c’est peut être en tant que journaliste, car en tant que poète, il publie le “Dormeur du Val” dans le recueil “Poésie” au cours de l’automne 1870, c’est à dire en même temps que le texte retrouvé.
    Vous me direz que ce sonnet est classique, peut être un peu scolaire (du moins scolaire en 1870 …). Vous pourrez me dire que Rimbaud a refusé la publication de ce recueil le jugeant trop romantique et enfantin … et moi je ne pourrais jamais vous prouver que ces vers sont géniaux (j’en suis bien incapable) mais tout comme ceux de la ballade “les mains dans les poches crevées”, il font parti des plus beaux que j’ai lu et que j’aime à me souvenir.

  7. Jacques QUENTIN — 16 novembre 2008 #

    *** Rimbaud et ses faux embrouillages ***

    L’histoire pourrait sembler très complexe.

    Elle est simple. Absurdement simple. On avait découvert en avril 2008 un joli texte inédit de Rimbaud dans une bouquinerie de Charleville-Mézières publié sous le pseudonyme de Jean Baudry (presque anagramme de Rimbaud). “On”, c’est à dire le cinéaste Patrick Taliercio qui était justement en repérage sur les lieux où avait grandi Rimbaud pour un projet de long métrage consacré au poète. Un témoin clé que personne n’a jamais vraiment entendu puisqu’il a “une frousse bleue de la télévision”… On a donc laissé ses intermédiaires s’émerveiller de la trouvaille.

    Là où l’affaire devient complexe, ou plutôt limpide, c’est lorsque dans la foulée est apparu le nom d’un certain Raphaël Zacharie de Izarra…

    Qui ne connaît pas ce faussaire hors pair au culot monstre ? Dans le cercle des collectionneurs, on fuit comme la peste ce roi de l’entourloupe littéraire.

    Capable du pire en allant jusqu’à élaborer des mises en scène très sophistiquées parfois préparées des années à l’avance (ce qui fut le cas pour cet inédit de Rimbaud) grâce à des complicités toujours discrètes, ce Narcisse invétéré affectionne les feux médiatiques.

    Sa spécialité : ridiculiser ceux qu’il aime à définir comme les “exégètes de la cause littéraire”. C’est son credo, son délire, sa folie furieuse. Chacun ses obsessions… Bref, dès que les vrais amateurs ont su qu’il était mêlé à la découverte, les enthousiasmes les plus vifs sont retombés dans des bruits d’enclumes. La “Plume” avait fait son oeuvre.

    (Une “Plume” avec une majuscule, c’est ainsi que s’est auto proclamé notre Machiavel des bibliothèques).

    Il faut au moins lui reconnaître ce talent inné pour débusquer les imposteurs. Mais à quel prix ?

    Le personnage ne fait jamais dans la demi-mesure et même plutôt dans le char d’assaut. C’est ce que je lui reproche.

    Raphaël Zacharie de Izarra a poussé la (mauvaise) plaisanterie jusqu’à laisser s’auto gonfler la baudruche médiatique, décidément très extensible, sans qu’elle n’éclate jamais.

    Du moins pas encore.

    Le plaisantin est si redoutable qu’entendre ne serait-ce que l’écho de son nom devant une montagne de lingots d’or, c’est l’assurance de trouver du plomb derrière une pellicule dorée. Amateur de trésors retrouvés, si vous oyez le nom de ce faussaire ou simplement entrapercevez l’ombre de ses initiales, le reflet de sa particule -dont il est particulièrement fier-, les contours de sa plume suspecte, perdez toute illusion ! Il est mouillé dans tant de tentatives ratées mais surtout d’entreprises réussies de fabrications de faux, et non des moindres, que vous pouvez êtres certains d’avoir été bernés.

    Le spécialiste français de Rimbaud Jean-Jacques Lefrère qui, comme beaucoup de ses confrères a foncé tête baissé aurait dû faire preuve de plus de prudence et de professionnalisme dès lors que le nom de Raphaël Zacharie de Izarra a commencé à circuler.

    L’inédit de Rimbaud est un faux. Vous voilà prévenus. Je ne m’ingénierai pas comme certains à rendre complexes des choses simples. Le faussaire est si pernicieux dans sa volonté d’embrouiller les esprits que ce serait lui faire trop d’honneur que de tenter de dénouer à grands cris ce qui s’avère n’être que du vent.

    Les naïfs qui pour toute caution se réfugient derrière les ors d’une “académie verveuse” relayée par la télévision dans des émissions littéraires et adoptent encore la version rassurante pleine d’érudition d’un Jean-Jacques Lefrère imperturbable s’en mordront les doigts.

    Jacques Quentin pour “Ouest France”

  8. Milo Batie — 6 novembre 2009 #

    Bien, bien…Plus de nouvelle de cet inédit sujet à controverse. Qu’il en soit ainsi. Ce que je trouve étonnant est l’engouement pour ce personnage qui a pris sa retraite à 19 ans et qui nous manque horriblement aujourd’hui. Est-il possible à l’heure actuelle de circuler à pied, dans une totale impunité, un carnet de note à la main et le nez au vent? Je pose la question: où sont les poètes? Devant la télévision ou internet, bien au chaud dans un restaurant? Qui accepte de souffrir pour la poésie? Nous avons été métamorphosé d’un corps fou écumants les collines en une paire d’yeux fixant un écran noir, le clivage acteur-spectateur est un des fléau de l’ère moderne, nous sommes devenu passif, au sens large du terme, c’est à dire spectateurs du passé. Rimbaud nous fascine par son génie, certes, mais avant tout parce qu’il était actif, en mouvement, dans n’importe qu’elles conditions, l’écriture et la séditions avant tout, un soldat littéraire. Que peut faire le génie littéraire aujourd’hui sinon s’embourgeoiser gentiment et passer dans de bêtes émissions télé ou son art est bradé par l’inculture collective.
    Il n’y a plus grand monde à choquer, même l’homosexualité chère à Oscar Wilde ne vous envoie plus en prison, même le génie est devenu louche et sujet à insécurité. Il manque un trublion courageux dans la masse, un Rimbaud moderne pourfendeur de la vieille lenteur institutionnelle, capable à lui seul de reprendre le flambeau. ” D’horribles travailleurs viendront reprendre le sac de celui qui s’est affaissé”, personne ne reprend le sac d’Arthur Rimbaud, nous regardons son cadavre et personne n’ose s’encombrer d’un bagage aussi lourd. Alors nous le louons, comme un Dieu, comme une idole, une icone jamais en paix ricanant comme la petite frappe qu’il était. Rimbaud aspire au repos et les poètes ont disparu, gageons que nous chercherons encore longtemps à lui fouiller les poches dans l’espoir de dénicher quelques miettes de sa connaissance, nous resterons ainsi d’éternels spectateurs de son génie sans avoir à nous occuper du notre.

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