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Un colloque à la Sorbonne

La Sorbonne invite l’ancien meneur de 68 Daniel Cohn-Bendit, devenu député européen, à animer un colloque sur le thème: “Que reste-t-il des promesses de Mai?”

Y a-t-il vraiment besoin d’un colloque pour répondre à cette question? Résumons en quelques lignes:

L’Education nationale et l’Université en ruines, 25% d’analphabètes en classe de Sixième, les instituteurs eux-mêmes ne savent plus écrire ni lire correctement. Et la contamination atteint désormais l’enseignement supérieur lui-même, quand on y travaille, entre deux grèves. A Nanterre, récemment, un prof d’université faisant la lecture devant ses étudiants a prononcé l’expression latine in fine (”en définitive”)  comme s’il lisait l’anglais: “in faïne”. Un autre a entouré le mot d’un devoir d’un étudiant: “nonobstant”, d’un magistral cercle rouge accompagné de ce commentaire: “vieux français”… Les universités françaises ont disparu du classement international.

Les entreprises organisent des stages anonymes pour leurs cadres, en vue de leur permettre une mise à niveau de leur orthographe que l’on faisait autrefois en primaire.

Pour éviter que leurs élèves appelés à devenir cadres subissent cette humiliation, les écoles de commerce leur font donner des cours d’orthographe que l’on faisait autrefois à l’école primaire. Il se crée un nouveau profil d’enseignant pour répondre à cette demande: les docteurs sont surdimensionnés et pas préparés à cette fonction, les instituteurs sont naturellement évités; de leur côté les élèves devenus adultes ne peuvent pas faire l’apprentissage de l’écriture comme des enfants, leur fonctionnement cérébral n’est plus le même. Donc un nouveau métier d’enseignant est en voie de création.

Dans ce contexte, on assiste depuis trente ans au moins à la création en augmentation continue d’écoles supérieures privées et payantes pour fournir à notre économie les cadres dont elle a besoin.

Quand un service public est brisé, ce ne sont jamais les riches qui en pâtissent, mais les pauvres. Un riche enverra ses enfants dans des établissements pour élite, à 6000 euros par mois, ou à l’étranger. Les classes moyennes et populaires sont privées d’accéder à des métiers valorisants. Avant Mai 68, Bourdieu se plaignait de devoir constater que trop peu d’élèves venant des milieux populaires intégraient les grandes écoles ; il n’y en a plus aucun aujourd’hui. Soit le résultat contraire de ce qu’annonçaient les “promesses de Mai 68″.

Y a-t-il donc besoin d’un colloque pour dire cela? A moins qu’il ne s’agisse que de faire, dans l’enceinte prestigieuse de cette université chargée de gloires anciennes, un numéro d’autosatisfaction: l’enseignement public français est passé expert dans cet exercice, c’est d’ailleurs devenu sa seule expertise.

5 Commentaires

  1. Yvon de Poligny — 6 avril 2008 #

    Cette semaine, j’entendais M. Brighelli (”la Fabrique du Crétin”), invité sur RMC Info pour présenter son nouveau livre, “Fin de Récré”.
    Venant d’un ancien “soixante-huitard”, sa critique mérite une écoute attentive. Principalement, il met en avant la perversion du concept même d’enseignant, vers celui de “didacticien” (apprendre aux élèves à apprendre eux-mêmes, au lieu de leur apprendre des savoirs). Pour en avoir discuté avec une enseignante, j’ai constaté que c’est on ne peut plus vrai ! Les résultats sont bien connus …

    Pour ce qui est des “promesses” de 68 … Qu’y avait-il à attendre d’une “révolution” d’inspiration maoïste ? Quelles étaient ces promesses, au juste ? La libération des moeurs, une société plus égalitaire, un enseignement de qualité pour tous ? Ou plutôt un fatras de crétineries anarcho-maoistes, camouflé derrière la plus basse démagogie ?
    J’ai l’impression, à écouter ceux qui ont vécu l’époque, que pour “y croire” ils partageaient l’aveuglement de leurs aînés qui, trente ans plus tôt, croyaient aux mêmes “promesses” d’un paradis socialiste en construction à l’est !
    Aveuglement idéologique qui approuve les plus funestes erreurs …

    Qui est le plus idiot, du démagogue faisant des promesses fumeuses, ou de celui qui le croit et lui confie son avenir ?

  2. ULYSSE — 7 avril 2008 #

    Jean-Paul Brigheli mérite une écoute attentive dans la critique qu’il fait de l’éducation nationale aujourd’hui, comme de beaucoup d’autres choses. Je suis, pour ma part, assez d’accord.
    Mais il reste quand-même très post soixante-huitard et très brouillon.. Notamment dans son livre « Une école sous influence ».
    Je cite donc au hasard, pages 211 et 212 : « Sans doute un bon psychiatre aurait-il su guider Catherine de Sienne, Rose de Lima, Jean de la Croix …. vers des orgasmes plus sereins que ceux que s’infligeaient ces hystériques de l’exercice spirituel. On peut accéder à l’ivresse des sens sans recourir au vin de messe.
    Liberté, mot insupportable aux politiques et aux curés. Saint-Paul exige de tous une servitude volontaire. La lumière qui l’a aveuglée sur le chemin de Damas était une lumière noire » etc etc.
    Bon d’accord, mais à consommer avec modération.

  3. denis merlin — 7 avril 2008 #

    “L’Education nationale” est une institution totalitaire et contraire à la vraie laïcité.

    L’Etat n’est pas prophète et n’a donc, en vertu de la saine laïcité, aucune fonction d’enseignement. Ce sont les parents qui ont cette fonction qui leur est donnée directement par Dieu. Pour l’Eglise, c’est en outre l’Eglise. Mais même les acatholiques ne peuvent interdire aux catholiques de s’exprimer en cette qualité.

    Il faut donc détruire l’éducation nationale, pour reconstruire la vraie liberté d’enseignement et d’éducation. Reconstruire la vraie et saine laïcité sur les décombres du laïcisme maçonnique est la mission des hommes de bonne volonté.

    Ne nous étonnons pas que l’Education nationale produise de Brigheli, hostile à la liberté religieuse, ne nous étonnons pas que l’Education nationale soit un échec.

    Signé Denis Merlin, fils du lycée laïque et de l’enseignement supérieur laïque.

  4. Yvon de Poligny — 11 avril 2008 #

    Je précise quand même que je n’approuve pas les thèses de M. Brighelli, ni ne partage ses convictions : simplement, je savoure la critique et son retentissement …

  5. Le Marseillais — 14 avril 2008 #

    Tout à fait d’accord, 68 a une fois de plus massacrer l’identité française,
    après 1793 et 1905 c’est une des dates noirs de notre histoire lié à la Chrétienté.

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