XIII.
” Rémiel : Dieu me relève, ange de l’Espérance
1.
Tu étais homme et bienheureux dans la chair que J’avais modelée pour ta joie
Pas une poussière du monde pas une parcelle d’univers qui n’ait été voulue tendue vers mon désir de toi
Je voulais pour ton empire un palais à la mesure de mon amour
Plus grand que celui de ce roi qui jamais n’aura vu l’immensité du monde soumis tout à sa loi ni connu son espace alentour
Le nombre indénombrable des pierres qu’il a fallu tailler monter cimenter pour sa gloire
Galeries admirables où veillent jour et nuit les guerriers qui le gardent
L’étendue infinie des parterres où chaque fleur piquée a poussé pour le voir ou même seulement l’imaginer
Peut-être voudras-tu éclairer ces abîmes lointaines peut-être voudras-tu goûter aux harmonies des sphères
Tout cela t’appartient
Même si nulle sphère ne vaut cet écrin bleu où ton Dieu est venu habiter avec toi
Tu étais bienheureux le monde a vécu ce temps-là dans la paix
Chaque fruit se tendait vers ta bouche
Tu goûtais à ses pulpes tu en mordais les fibres
Je n’avais pas voulu que ta félicité rende écho à ces oiseaux des îles qui chantent dans tes cages
Tu étais mon enfant mon amour mon image
Quel amour pouvais-tu recevoir ni donner si rien dans mon enfant ne lui appartenait ?
Je t’aimais
Tu es libre
Libre de fendre le fruit amer aux couleurs amicales
Que l’ange réprouvé qui te hait plus encore qu’il ne hait Celui qui l’a créé te convainquit de prendre
Où es-tu mon Adam où es-tu tu me manques
Où es-tu toi mon Eve la vie toi qui portes le nom de la vie
Pourquoi vous cachez-vous de Moi
Homme tu as laissé au tentateur les dons que Je t’avais donnés
Il te faudra souffrir afin de réjouir celui qui désormais en use
Le Grand Accusateur
Homme Je t’avais donné la vie pour toujours
Et tu l’as profanée hélas en l’accouplant au Mal qui est la Mort
Mon Eve qui la porte souffrira la blessure de son corps qui est toute la blessure du monde chaque fois qu’il lui faudra lui redonner le jour
Il te faudra creuser la terre et forcer transpirer pour te nourrir
Car la vie n’est plus ta nourriture
Affronter le tonnerre l’océan le soleil le désert la froidure
Et mourir
Oh mon enfant il semblait que tu avais tout perdu et peut-être ton Père qui t’aimait
C’est cela que ton cœur te disait mais ton cœur est moins chaud que mon cœur
Et Moi Je te cherchais
Où es-tu mon Adam
Eve pourquoi te caches-tu
Le Diable m’a séduite
J’ai suivi cette femme que Tu as mise à ma suite
Vois tu ressembles déjà à ton Accusateur
Toi que pourtant J’ai créé selon mon cœur
J’entends le gargouillis de tes entrailles
Je hume l’amertume du fruit défendu
Ecoute comme tu te profanes toi-même
Oh mon enfant tu n’es pas né pour la haine
Mais Je t’ai relevé
Non point pour effacer la trace de tes pas
Où qu’ils aient pu te conduire
Libre tu as été d’aimer ou de haïr
Libre tu resteras
Contre ta volonté il n’est pas d’autre volonté
Seulement ma promesse
Tu avais tout perdu et Je t’ai consolé
Cette chair que tu as humiliée Je m’en revêtirai en mon Fils
Au démon qui a trompé mon Eve J’opposerai une femme issue d’elle
Et par elle sera porté tout le triomphe de l’homme sur le mal
A elle Je donnerai le règne sur les anges eux-mêmes
Tu sauras qu’à l’endroit où le mal abonde ma grâce surabonde
Voilà ton espérance et l’Espérance est mon amour
Je t’aime
Je t’aimerai toujours
2.
Le monde a continué
Blessé par ton péché les épines ont durci sur la tige des roses et déchirent ta peau
Le danger des puissants animaux
La houle d’océan qui te noie la tempête et la foudre et le feu et la peste
Mais il reste un écrin merveilleux pour ton pèlerinage
Tu regardes lever l’aurore dans le ciel rose du matin
Un rayon du soleil perce les nuages
Et réchauffe la terre engourdie qui s’étire émergée du sommeil de la nuit
Les oiseaux le saluent en sifflant
Ce n’est plus la beauté dont tu jouissais naguère
Mais encore assez belle qu’on dise : beauté
Heureux es-tu de bonne volonté quand bien ton cœur est lourd
Mais ton cœur est blessé
Tu as perdu le chemin qu’une seule pensée suffisait à ouvrir vers le mien au Paradis perdu
Je t’ai vu me dédier la chair grillée de tes boucs et tes agneaux rôtir
C’était là ta piété
Une rançon une joie qui me soit due
O mon enfant J’ai agréé cet holocauste et le don de ton lait de ton miel
Heureux es-tu si ton amour appauvri vient s’offrir
Mais plus heureux encore si tu ouvres ton cœur à mon amour
Oh Caïn tu me donnais à respirer l’encens de ta puissance
Tu élevais ta religion vers mon Ciel
Au lieu même où Je suis le commencement et la fin de toute charité de toute foi et de toute espérance
Tu me voyais comme une idole
Un dieu à ton école à ta semblance
Je goûtais aux prières d’Abel
Tu es venu contourner sa confiance et lui trancher la gorge
Malheureux enfant que fais-tu à ton frère
Je t’appelle à créer avec Moi pour l’amour
Porter le don de vie souffler de tout ton pauvre amour sur cette flamme qui grandit
Dans tes œuvres d’amour Je suis le feu tu es la forge
Aucun ange d’aucune hiérarchie ne sauraît de lui-même remplir ce ministère
C’est pour cela que ceux-là parmi eux qui se sont rejetés loin de Moi t’ont haï
Et c’est à eux trompeurs qui te jalousent que cette fois encore tu as laissé ternir le trésor de la vie qui ne leur appartient pas
Où es-tu Caïn réponds-moi
Qu’as-tu fait de ton frère
Suis-je le gardien de mon frère
N’ai-je pas mes greniers à remplir
La récolte et le grain
Défalquer de mes comptes le blé que je t’ai sacrifié sur mon autel en vain
Ecoute si tu peux dans ton cœur qui se ferme tes paroles acides
Tu parles comme l’ange réprouvé accusateur menteur et homicide
Je t’ai donné un frère non pour le perdre mais pour l’aimer
Je t’ai donné la vie non pour que tu l’enfouisses mais pour la partager
Avant que le monde fût tu étais mon désir
Et mon cœur s’est réjoui que tu vivrais toujours si tu l’avais voulu
Regarde ce sang répandu que jamais tu n’aurais dû voir
Sinon celui des femmes en l’attente des gloires parturientes
En Moi est la vie éternelle
Au péché de ton père est cette vie mortelle
Par toi la mort est vivante
Hélas ! la terre que ta charrue creusait pour vivre boit le sang désormais de ton frère comme une autre semence mais de malédiction
Tu as ouvert le temps où les miens oublieront que chacun parmi eux est mon enfant
Chaque souffrance ma souffrance
Chaque pleur est mon pleur
Et toi qui as tué : qui te protégera ?
Mais Je t’ai relevé
J’ai posé sur ton front un signe qui te gardera de la violence
Ainsi est ma justice
Ta violence ne sera pas rendue ni ton crime retourné
3.
Le monde a continué
J’ai béni devant ma face tes pères patriarches et offert à tes peuples des rois
Et par Moi ils rayonnaient ma gloire et leur gloire est mon humilité
Et leur loi fut ma loi tant que soufflait sur elle l’Esprit qui est vie et charité
Mais ton cœur corrompu à l’odeur de tes vices empuantit le monde
Et l’égout de tes crimes a dégorgé débordé soulevé toute bonde de vertu submergé les nations rendues libres de livrer le monde à l’immonde à la mort
Le feu allait s’éteindre ton air se réduire la terre par toi bientôt allait mourir
Alors quel enfant de tes reins sortira de tes flancs et vivra ?
Dans cet enfer monté des ténèbres par ton péché sur terre vivre devient pire que la mort si la mort seule t’en délivre
En Noé l’ultime patriarche de ces temps perdus J’ai voulu sauver l’homme et la terre
Sauver des eaux réparatrices une arche qui te porterait toi qui as outragé la pudeur de la terre
Et l’arche déposée sur les monts d’Arménie J’ai donné à la race de Seth un royaume nouveau
Des prés qui reverdissent un printemps qui fleurisse
Et la chair de Caïn sera sans descendance
Sur la terre nouvelle entre toi et le Ciel a paru l’anneau resplendissant de mon Alliance
4.
Le monde a continué
Tu demeures pécheur tu arrachais la vie aux tiens et quelques-uns des tiens l’offraient en holocauste dans la fournaise de Baal
Et quelques-un des tiens préféraient au prêtre qui me parle un sorcier prosterné devant les profondeurs
Et la vie le don précieux de ma divinité c’est ton corps qui la portait en lui
Je t’ai donné de jouir de cette offrande qu’homme et femme se font et dans cette jouissance est de quelque façon ta vérité
A Sodome et Gomorrhe tu profanais ton corps dressé comme un cobra fasciné par son reflet dans le miroir du vice
Ton corps roulé en ouribos te dévorait pour vivre
Le vice pire que la mort si la mort seule t’en délivre
Plus aucun châtiment ne te viendrait par l’eau c’est la terre qui vomit cette géhenne de l’âme
Et Je t’ai relevé
Dans le salut de Loth et ma promesse au père que Je t’ai donné Abraham
Bénis sois-tu Abraham issu des reins de Terah qui dans la cité de Our adorait le feu
Mais l’eau éteint le feu
Et les nuages portent l’eau
Le vent porte les nuages
Et l’homme résiste au vent
Bénis sois-tu Abraham qui viens de Haran
Prends tes bêtes avec toi et tes femmes et tes serviteurs
Remonte les chemins en caravane
Toi qui m’écoutes privé d’enfant Je te donnerai une descendance que tu compteras plus nombreuse que les grains de sable sur la plage
Je te bénis par ma promesse et par le sacrifice du grand-prêtre Melchisédek roi de justice et roi de la paix Salem
Salem ville de la paix dans l’ordre du Ciel Jérusalem
Melchisédek à qui tu as donné le dixième sur ton butin pris à Kedorlaomer roi d’Elam
Et Tidéal roi de Gojim
Amraphel roi de Schinéar
Et Arjoc roi d’Ellasar
Bénis sois-tu Abraham
Melchisédek a béni le pain et le vin dans l’attente de Celui qui devait venir sacrifier le pain en son corps et le vin en son sang
Je t’ai relevé et Sarah se prit à rire quand mon ange annonça le miracle
Mais tu semas Isaac en elle qui avait quatre-vingt-dix ans
5.
Béni soit Elohim
Divine pluralité en qui résident les Trois Personnes d’un seul Dieu pour tous les hommes
Beni soit Abraham configuré au Père éternel dans les Cieux qui offrira en sacrifice la Personne du Fils
Afin que la promesse d’un nouveau temps s’accomplisse
Ainsi l’homme en Abraham aimait assez son Dieu pour lui donner son fils aîné sur le mont Moria
Béni soit Abraham élevant l’homme à la face de Dieu
Béni soit Isaac étendu sur l’autel par l’assentiment de son père
Ayant porté sur son échine le bois de l’holocauste comme Jésus celui de la Croix
Béni sois-tu Isaac sauvé de la souffrance
En toi c’est Dieu qui se donne à tous les hommes et par la promesse de Dieu tous les hommes à ta suite seront délivrés de la puissance
En toi l’enfant ne sera pas livré au molk de Tanit
6.
De Rébecca Isaac eut Jacob et Jacob s’endormit dans le giron de Dieu
Dans son rêve auprès de lui apparut une échelle où les anges ne descendaient point seulement mais ils montaient aussi et cette échelle accordait la terre avec les cieux
Vois mon enfant Je t’offre ce que tu as voulu me prendre
Je pose mon amour sur les sommets de tes tours de Babel
Pour toi J’ouvre le Ciel et l’échelle descend vers toi pécheur qui ne pouvais t’y rendre
Tu as lutté toute la nuit contre l’ange et frappé à ma porte jusqu’à ce qu’à l’aube venue le Maître des lieux se rende
Ainsi fera le Bon Larron
Ainsi est le pécheur qui confesse la honte de sa faiblesse et s’humilie devant Moi et les hommes
Et chaque fois son cœur qui souffre de n’aimer point assez vient frapper à la porte de mon cœur
Et chaque fois il crie Seigneur ne m’abandonnez pas à la médiocrité ni à la corruption ni aux démons comme les vers pâles de la mort grouillent et rongent mon âme
Non mon enfant Je ne t’abandonne pas Je t’accompagne
Et te nomme Israël : Celui qui a lutté contre Dieu
7.
Patience dans la nuit
Garde au fond de ton cœur l’Espérance vertu cardinale
Car la pointe fine de ton âme ne sera pas enchaînée au mal
Quand bien même tu t’y livrerais de toute ta volonté
C’est toi qui en gardes la porte et non point l’Ennemi
Quand même tu as signé de ton sang un pacte qui t’unit à sa méchanceté
Rachel a enfanté Joseph
Gerbe d’or des moissons d’Israël
Tu as jeté tes forces contre lui comme Caïn ton oncle s’est jeté sur ton père Abel
Tu as réduit ton frère en esclavage et Moi Je l’ai relevé
Mais dans son relèvement Je ne t’ai pas rendu à la poussière
Le bien que Je fais à ton frère ne te précipite point vers le néant ni le mensonge ni la mort car Moi Je suis la voie la vérité et la vie
Tu es entré au royaume du Nil toi qui avais faim
Tu as mangé le pain des justes et bu à l’eau des palmes sereines
Tu as trouvé ici le bien que ton frère a rendu à ton péché car il aimait son frère
Et son nom fut béni et son amour triomphe de la haine
Et son nom sera porté par un homme plus grand et plus saint et plus puissant que lui
Et moi Je blottirai mon enfance contre sa poitrine et de ce fils à venir Je ferai mon père sur la terre afin que Je vive au milieu de vous
Joseph prince du Nil épousa Aseneth
Quand l’heure fut venue de mourir dans mes bras son âme s’éleva jusqu’aux cieux qui s’ouvraient
Lors mes enfants d’Egypte hélas abaissèrent son nom
Tirant vers eux sa gloire à tant que leur mémoire s’obscurcisse
Ils adorèrent l’homme et la femme qui l’aimait Osiris et Isis
Ecoute mon enfant
En chaque fruit de sainteté que tu goûtes de ton frère c’est Moi qui te suis donné
Hélas un ange réprouvé vient toujours te séduire et tu fonds des idoles avec l’or de ma grâce
Hélas
Mais Je suis avec toi d’âge en âge
Tu seras relevé de tous tes esclavages
J’ai suscité Moïse dans le nœud même des liens qui t’entravaient à la cour triomphale de Pharaon
Retiré les eaux rouges devant toi et tandis que tu passais le pied sec mon ange se tenait en colonne de feu contre les guerriers forts qui t’eussent renchaîné
J’ai gravé sur ta pierre les Commandements que tu as conservés pour les générations
J’ai pardonné sa faute à ton prêtre Aaron car Je suis Dieu qui pardonne et redonne et te rend ta couronne après chaque péché
8.
Le temps a continué
En exil à Babylone loin du temple détruit tu m’as aimé dans ta misère
Soixante années comme un désert où tu te préparais à connaître que ton salut n’est pas en toi mais dans le sein de tous les hommes
Je t’ai relevé non point dans la gloire oubliée de David et Salomon mais celle de Cyrus l’étranger
Ainsi as-tu appelé christ le roi des rois de l’Orient
Ainsi ai-Je pris chair dans la chair de tous les hommes et non point la seule chair de mon peuple choisi
Transfiguré au Mont Thabor d’abord pour le pécheur et non point pour le juste
Le païen et non le pharisien
La veuve et non la fiancée
Le premier-né orphelin et non l’heureux benjamin
Le pauvre que la pauvreté corrompt
Le riche qui retient tout son bien
Et parce que Je suis le Père de tous les hommes en chaque homme réside ton frère
Et parce que ton Dieu s’est fait ton frère ce n’est point dans les nuées ni point dans les statues c’est en l’homme que tu trouves Jésus
C’est là qu’il te faut me trouver en chaque homme Jésus établit sa demeure.”
Extrait de : Les Angéliques, éditions Via romana, disponible dans toutes les librairies La Procure, ou bien à commander auprès de votre libraire.
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